La vie est faite de rencontres, dont certaines sont plus marquantes que d’autres. Ce que j’aime avec la boulangerie, c’est que l’on a la possibilitĂ© de rencontrer des produits avant des hommes, et que l’on accède ainsi Ă  leur sensibilitĂ© profonde, car dans chacun de leurs produits se retrouve un peu de leur âme et de leur nature. Vous comprendrez pourquoi j’ai souvent tendance Ă  fustiger les mĂ©langes « prĂ©mixes » dĂ©veloppĂ©s par les meuniers : certes, ils facilitent le travail du boulanger, mais comment peut alors se produire cette rencontre, cet enrichissement des sens ?

La devanture met bien en valeur les diffĂ©rents prix obtenus par l’Ă©quipe de la boulangerie, que ce soit le patron, les ouvriers ou les apprentis.

Cette boulangerie de Beaumont-sur-Oise, on m’en avait parlĂ©, Ă  plusieurs reprises. Un fou de pain, me disait-on. J’avais Ă©tĂ© le constater par moi-mĂŞme, j’avais fait un voyage dans son univers, et plus loin encore, dans le dĂ©troit du Bosphore… Une rencontre gustative, certes, mais Ă©galement un terrible goĂ»t d’inachevĂ© et d’approximatif, car je n’avais pas pu toucher l’homme et son engagement quotidien. Un acte manquĂ© qui devait ĂŞtre rĂ©parĂ©… ce qui est Ă  prĂ©sent le cas.

Cette fresque reprĂ©sente la boulangerie et Beaumont, avec toute la « communauté » rassemblĂ©e autour de cette table. Aucun dĂ©tail ne manque, puisque l’on retrouve mĂŞme les chiens de Christophe Rouget au premier plan – mĂŞme s’ils sont trois en rĂ©alitĂ© !

Chez Christophe et Sylvie Rouget, la boulangerie est bien plus qu’un mĂ©tier ou mĂŞme une histoire de famille. Non, cela va plus loin : dès lors que l’on pĂ©nètre ici, c’est un peu comme si l’on rejoignait une tribu, une communautĂ©… Un lien fort qui trouve ses symboles au quotidien. Ainsi, quand l’un de ses membres la quitte, souvent Ă  l’insu de son propre grĂ©, cela ne laisse pas indiffĂ©rent : on me parlait d’un pilote de ligne rĂ©cemment dĂ©cĂ©dĂ©, ce qui n’avait pas manquĂ© de provoquer l’Ă©moi au sein du personnel de vente… Des histoires, oui, toujours des histoires, mais la boulangerie n’existerait pas sans elles.

La Tresse de Saint-Gilles, un clin d’oeil Ă  David Sausseau, installĂ© Ă  La RĂ©union. Ce pain, au façonnage soignĂ©, incorpore un mĂ©lange de cĂ©rĂ©ales.

Tout cela forme une vie, un quotidien sans cesse changeant. Christophe Rouget n’est pas un artisan renfermĂ© dans son fournil, bien au contraire : son pain exprime sa soif de partage et d’Ă©change. Ainsi, on retrouve dans sa boutique des produits qui ont une histoire. La Tresse Saint-Gilles ? Un clin d’oeil Ă  son ami David Sausseau, implantĂ© Ă  La RĂ©union. Le pain NoĂ©mia ? Une crĂ©ation dĂ©diĂ©e Ă  la fille d’un confrère, qui souhaitait un goĂ»ter sans ajout de sucre. Des recettes qui voyagent et sont reprises dans d’autres boulangeries.
Tout cela se rĂ©sume en une phrase : savoir, savoir faire, et savoir faire-faire. C’est pour cela que l’on retrouve tant d’apprentis au sein du fournil de la maison : ces jeunes sont les chefs d’entreprise potentiels de demain, et il faut leur transmettre cette connaissance et ce goĂ»t pour un pain de qualitĂ©, produit dans des conditions irrĂ©prochables.

Une boutique simple, chaleureuse et accueillante. On y ressent une ambiance apaisée, avec de beaux produits.

Parlons-en, des conditions et du cadre, car ils sont des Ă©lĂ©ments particulièrement forts ici. A leur arrivĂ©e Ă  Beaumont en 1995, les Rouget ont repris une ancienne affaire Banette, dans laquelle ils ont petit Ă  petit inscrit leur marque tout en mettant en avant l’histoire du lieu. Le faux-plafond de l’Ă©poque a ainsi vite disparu pour retrouver ses dessins d’Ă©poque… et ces fameux blĂ©s et coquelicots. Pourquoi ces fleurs ? Tout simplement car, Ă  l’Ă©poque, les champs n’Ă©tant pas traitĂ©s, les coquelicots y prolifĂ©raient naturellement. On les retrouve ainsi en « fil rouge » dans l’ensemble de l’Ă©tablissement, en fer forgĂ© sur les vitrines, mais aussi dans les diverses fresques qui ornent les murs.

Le plafond d’origine a Ă©tĂ© remis en valeur par Christophe Rouget Ă  son arrivĂ©e dans les lieux. On peut y voir les fameux coquelicots, qui sont aujourd’hui un des emblèmes de la boulangerie : ils sont d’ailleurs prĂ©sents sur la vitrine, avec des fleurs en fer peint.

Impossible de rester indiffĂ©rent devant ce goĂ»t du dĂ©tail et du dessin. Que ce soit au fournil, dans les couloirs, ou encore au laboratoire de viennoiserie et de pâtisserie, de magnifiques peintures accompagnent le personnel au quotidien. Rien d’anecdotique lĂ  dedans, puisqu’elles racontent des histoires : celle de la boulangerie tout d’abord, mais aussi celle des ingrĂ©dients mis en oeuvre dans les produits. Une façon originale de toujours transmettre du savoir-faire. Quelques dĂ©tails qui en disent long sur la capacitĂ© Ă  voir toujours plus loin de notre artisan.

L’histoire du chocolat et cette fresque font presque partie des ustensiles de pâtisserie utilisĂ©s au laboratoire.

Voir plus loin, oui, c’est ce qui guide Christophe Rouget dans l’ensemble de ses actions. Que ce soit en rĂ©novant l’ensemble de ses locaux pour les rendre irrĂ©prochables et pleinement exploitĂ©s, en dĂ©veloppant des gammes de produits gourmands et accessibles pour faire face Ă  la concurrence de chaines telles que la Boulangerie de Marie – rĂ©cemment implantĂ©e Ă  proximitĂ© -, ou mĂŞme en fidĂ©lisant dans son entreprise ses meilleurs apprentis et ouvriers… Nous avons affaire Ă  un chef d’entreprise responsable et dynamique, peut-ĂŞtre des restes de la formation de gestion et de comptabilitĂ© que son père lui avait imposĂ©. Dans cette famille originaire du Nord, la boulangerie est une affaire de famille (on retrouve d’ailleurs le frère au tourage), mĂŞme si cela a parfois des mauvais cĂ´tĂ©s : cette Ă©tude des calculs et autres règles de gestion a en effet privĂ© notre artisan de toute possibilitĂ© d’apprentissage en boulangerie, le rĂ©orientant de fait vers un CAP de Pâtissier et le « condamnant » Ă  un statut d’autodidacte dans son coeur de mĂ©tier.

Au tourage, c’est le frère Rouget qui rĂ©alise des viennoiseries bien feuilletĂ©es.

Cela importe bien peu, car j’aimerais souvent voir des autodidactes aussi mĂ©ticuleux et rigoureux que lui. De la rigueur, il y en a dans ses prĂ©parations : la farine torrĂ©fiĂ©e, incorporĂ©e selon des grammages très prĂ©cis dans les recettes, est fabriquĂ©e « maison » au travers d’un processus mĂ©ticuleux, tout comme pour la nougatine incorporĂ©e dans le pain Bosphore. De la folie, vous trouvez ? Non, au contraire, beaucoup de clairvoyance Ă  mon sens.

Avez-vous vu souvent cela dans un fournil ? Moi pas ! Il s’agit de la nougatine utilisĂ©e pour la rĂ©alisation du pain Bosphore. Ce nom n’a pas Ă©tĂ© choisi au hasard : la Turquie produit Ă©normĂ©ment de quantitĂ© de ce fruit sec, de plus, ce pain trouve ses origines dans l’Ekmek, un pain plat turc Ă  l’huile d’olive et au miel.

Une mĂŞme clairvoyance qui l’a amenĂ© dès le dĂ©but Ă  s’engager aux cĂ´tĂ©s d’acteurs engagĂ©s tels que la famille Foricher et le Club le Boulanger, dĂ©fenseurs d’une farine Label Rouge, produite en Culture et Rendements ContrĂ´lĂ©s (CRC). Si aujourd’hui ces dĂ©marches trouvent de l’Ă©cho auprès d’un public toujours plus large, c’Ă©tait bien loin d’ĂŞtre le cas il y a 15 ans. Pour autant, notre artisan voudrait rendre les spĂ©cificitĂ©s de ce processus plus lisibles pour le grand public… Le partage, toujours le partage.

Grosses pièces, Bosphore, Ciabattas, … rien ne manque pour les gourmands de pain !

Le partage passe aussi par des prix particulièrement abordables, avec une baguette de pain courant – très soignĂ©e – proposĂ©e Ă  0,80€, et une Tradition Ă  1€. MalgrĂ© l’augmentation du coĂ»t des matières premières, Christophe Rouget tient Ă  maintenir ces tarifs, qui reprĂ©sentent pour lui une vĂ©ritable porte d’entrĂ©e pour des clients qui seront ensuite prĂŞts Ă  dĂ©penser un peu dans des achats « de plaisir », qui contribueront au chiffre d’affaires de la boutique. Donner pour recevoir, une pratique qui a fait ses preuves depuis bien longtemps.
D’ailleurs, le boulanger voudrait continuer Ă  donner longtemps, mĂŞme si c’est aujourd’hui son corps qui lui fixe des limites. PassionnĂ© de sport en plus de son mĂ©tier, la fatigue ne manque pas de se faire ressentir. Cela l’incite sans doute Ă  ĂŞtre moins catĂ©gorique qu’il avait pu l’ĂŞtre par le passĂ©, Ă  tenter de parvenir Ă  des compromis pour continuer Ă  avancer… et Ă  faire avancer. Donner de la latitude Ă  ses apprentis, voire Ă  terme leur « offrir » une seconde boulangerie oĂą exercer leur talent… L’histoire continuera Ă  s’Ă©crire pour cette communautĂ© boulangère, et nous en serons pour la suivre avec attention.

Infos pratiques

39 rue Basse de la VallĂ©e – 95260 Beaumont-sur-Oise (gare de Persan-Beaumont, Transilien ligne H) / tĂ©l : 0134700290
ouvert du jeudi au lundi de 6h Ă  19h30. (ouverture le mardi Ă©galement Ă  partir d’octobre)

Prendre l’air, quitter la grisaille parisienne. Je crois que c’est un peu ce Ă  quoi aspire tout francilien qui se respecte. Septembre, les vacances viennent de s’achever et le retour au quotidien doit ĂŞtre parfois un peu difficile pour certains. Certes, j’aurais du mal Ă  parler en connaissance de cause, mais c’est un sentiment que je peux aisĂ©ment comprendre.

Pour autant, il ne faudrait pas oublier que l’Ile-de-France demeure une rĂ©gion pleine de contrastes, avec de belles possibilitĂ©s de s’Ă©vader Ă  moins de 30 minutes de la capitale. Moi mĂŞme banlieusard, il ne me faut que quelques minutes de marche pour retrouver le calme des prĂ©s et de la verdure… Certes, rien de bien gourmand ni d’exceptionnel, mais il y a autre chose dans la vie.

Le château de Saint-Germain-en-Laye

De l’autre cĂ´tĂ©, au Nord-Ouest de Paris, quelques villes ne manquent pas de charme et sauront satisfaire nos appĂ©tits de dĂ©couvertes… Parmi elles, Saint-Germain-en-Laye. En sortant de la gare, on comprend vite que l’on a quittĂ© la capitale mais pas tous ses traits : ici, c’est la vie de château… Pas seulement au travers de celui qui nous accueille majestueusement, mais aussi avec une atmosphère somme toute assez bourgeoise.
La plupart des grandes enseignes l’ont bien compris et se sont implantĂ©es dans le centre-ville, qui ne manque par ailleurs pas de charme avec une belle partie d’allĂ©es piĂ©tonnes.

La Brioche DorĂ©e cĂ´toie le Fournil de Pierre Ă  quelques mètres… un curieux choix d’implantation pour deux enseignes d’un mĂŞme groupe.

Faisons donc quelques escales sous l’angle painrisien… A commencer par le pain, qui ne semble pas vraiment ĂŞtre une grande prĂ©occupation pour les Saint-Germinois, malgrĂ© l’existence d’une « rue au Pain ». Ainsi se cĂ´toient Ă  quelques mètres deux enseignes du groupe Le Duff – La Brioche DorĂ©e et le Fournil de Pierre -, non loin du château. Paul est aussi prĂ©sent un peu plus loin.
Eric Kayser s’est Ă©galement installĂ© ici, avec une boutique plutĂ´t originale : elle possède en effet un cĂ´tĂ© pile et un cĂ´tĂ© face. PrĂ©sente sur deux rues, une entrĂ©e se prĂ©sente comme « la pâtisserie » et l’autre comme « la boulangerie ». D’ailleurs, la gamme sucrĂ©e qui y est proposĂ©e est fort diffĂ©rente de celle dĂ©veloppĂ©e sur Paris, ce qui laisse supposer Ă  une rĂ©alisation locale des produits (Ă  l’inverse des boutiques parisiennes, dont la plupart sont livrĂ©es depuis Ivry). Pour le pain, rien d’exceptionnel.

Le cĂ´tĂ© pile, rue de Pologne : la boulangerie par Eric Kayser…

… et cĂ´tĂ© face, la pâtisserie, sur la rue de Poissy !

La Gerbe d’Or et ses nombreuses rĂ©compenses, fièrement affichĂ©es sur la façade de l’Ă©tablissement.

Un des seuls artisans Ă  tirer son Ă©pingle du jeu est sans doute M. Gouley et sa « Gerbe d’Or », rĂ©compensĂ©e de bien nombreux prix (2è au concours de la Meilleure Tarte aux Pommes d’Ile-de-France en 2008, divers classements au concours de la meilleure Galette aux Amandes…). Sa baguette RĂ©trodor est de bonne facture, mĂŞme si le reste de la gamme est plutĂ´t modeste.

Le plus intĂ©ressant se trouve sans doute du cĂ´tĂ© du sucrĂ©, avec plusieurs maisons gourmandes. A commencer avec Petit Gâteau, une pâtisserie-atelier oĂą petits et grands pourront autant dĂ©guster qu’apprendre Ă  crĂ©er grâce Ă  des cours.

Une large gamme d’ustensiles de pâtisserie est en vente chez Petit Gâteau, en plus des gourmandises.

L’histoire de l’endroit est d’ailleurs plus intĂ©ressante, car c’est une hollandaise, Meike, qui en est Ă  l’origine. Cette pâtissière aux accents nĂ©erlandais est parvenue Ă  convaincre une population très française grâce Ă  de charmantes petites tartes aux multiples dĂ©clinaisons (citron meringuĂ©e, chocolat, …). Non contente d’avoir rĂ©ussi ce challenge, elle a dĂ©cidĂ© de le dupliquer dans son pays d’origine, et c’est tout rĂ©cemment qu’elle a fait ses valises pour rĂ©aliser ce projet. A prĂ©sent, la boutique Saint-Germinoise a Ă©tĂ© reprise par des personnes continuant dans le mĂŞme esprit.

Impossible de ne pas citer la pâtisserie Grandin, qui fait figure d’institution locale. Ce membre de l’association Relais Desserts perpĂ©tue la tradition en rĂ©alisation chaque jour divers entremets, macarons et pâtisseries classiques. La boutique a conservĂ© sa façade historique tout en Ă©tant rĂ©novĂ©e Ă  l’intĂ©rieur, dans un style plutĂ´t moderne et Ă©lĂ©gant.

A quelques pas, la famille Osmont propose ses gourmandises, avec pour chef un MOF, passĂ© au Ritz pendant 10 ans, avant de faire le choix de s’installer Ă  Conflans Saint-Honorine. Dans cette boutique « bis », on retrouve les macarons et chocolats de la maison, en plus de quelques entremets un peu trop rĂ©guliers et tapageurs Ă  mon goĂ»t, l’ensemble ne faisant plus vraiment artisanal ni attirant.

Ne quittons pas la citĂ© sans un dĂ©tour par chez Pascal le Gac, fameux chocolatier ayant longtemps oeuvrĂ© au sein de la Maison du Chocolat. Sa petite boutique, oĂą règnent les effluves sucrĂ©es du laboratoire installĂ© juste derrière, est un vĂ©ritable lieu de perdition pour les amateurs de ganaches (belles dĂ©clinaisons autour des fruits et des Ă©pices), tablettes de pure origine, friandises et bouchĂ©es variĂ©es ou encore macarons et pâtisseries (Ă©clairs, tartes aux chocolat, … une gamme courte et accessible). On apprĂ©ciera l’accueil particulièrement charmant et les prix très modĂ©rĂ©s en comparaison aux chocolatiers parisiens, pour une qualitĂ© plus qu’Ă©quivalente.

La charmante vitrine de rentrée de Pascal le Gac

VoilĂ  donc une bien jolie citĂ©, situĂ©e Ă  seulement 30 minutes du centre de Paris en RER A, qui offre autant de perspectives gourmandes qu’historiques (avec son château et donc son passĂ© de Ville Royale), ainsi que des possibilitĂ©s de promenade reposantes dans le grand parc situĂ© tout juste en sortie de la gare.

Certaines histoires s’Ă©crivent en famille, mais aussi dans un terroir, un lieu bien particulier oĂą c’est toute une communautĂ© qui se dĂ©veloppe autour de l’entreprise familiale. Difficile pour les enfants d’Ă©chapper Ă  cette tradition, mais ce n’est pas forcĂ©ment un mal, car cela permet de conserver l’esprit propre Ă  la maison, et ainsi d’Ă©viter des changements qui pourraient avoir des consĂ©quences plus ou moins regrettables Ă  long terme.

David Bourgeois dirige le moulin familial, conjointement avec son frère Julien.

Rien de tout cela Ă  Verdelot, puisque le moulin est restĂ© dans la famille Bourgeois depuis les annĂ©es 1920, Ă©poque Ă  laquelle ces meuniers se sont installĂ©s dans la rĂ©gion. Le moulin, ou plutĂ´t les, puisque l’histoire a commencĂ© Ă  quelques kilomètres de lĂ , plus prĂ©cisĂ©ment Ă  Couargis.

Enseigne du moulin de Couargis

Impossible de passer dans le secteur sans s’arrĂŞter dans ce moulin Ă  eau entièrement rĂ©novĂ© dans les annĂ©es 2000. Son activitĂ© a Ă©tĂ© arrĂŞtĂ©e peu après l’acquisition du moulin actuel, ce qui explique sa « conservation » : en effet, les Ă©quipements de l’Ă©poque avaient Ă©tĂ© laissĂ©s en l’Ă©tat, ce qui n’est pas le cas pour nombre d’autres bâtiments du mĂŞme genre exploitĂ©s plus longtemps. Anecdote amusante, la marque des outils de mouture sur cylindre est la mĂŞme que celle utilisĂ©e Ă  Verdelot : en effet, BĂĽhler reste aujourd’hui un des fabricants incontournables en meunerie.

A l’Ă©poque du moulin de Couargis, on rĂ©alisait dĂ©jĂ  de la mouture sur cylindre. La technologie employĂ©e actuellement n’a donc que peu Ă©voluĂ©, ni mĂŞme le constructeur : si l’on regarde attentivement, on lit bien BĂĽhler sur les machines.

Le mĂŞme nom, mais une capacitĂ© d’Ă©crasement bien diffĂ©rente. David et Julien Bourgeois ont mis en production en fin d’annĂ©e dernière leur moulin flambant neuf, avec des machines permettant de moudre deux fois plus de grain que le prĂ©cĂ©dent. Le prĂ©cĂ©dent ? Oui, le 27 juin 2010, un incendie ravageait le bâtiment, emportant avec lui l’outil de production familial. MĂŞme si les silos Ă  grain et Ă  farine ont Ă©tĂ© prĂ©servĂ©s, la pĂ©riode transitoire n’a pas manquĂ© d’ĂŞtre difficile : il fallait rassurer les clients et leur assurer le mĂŞme niveau de qualitĂ©. Un challenge relevĂ© par les deux frères, qui ont rĂ©ussi Ă  maintenir leur entreprise Ă  flots malgrĂ© la concurrence dans le secteur.
On pourrait se demander l’intĂ©rĂŞt d’avoir investi dans une capacitĂ© plus importante : ce nouvel outil permet une « tension » moindre sur la production, et ainsi de ne pas tourner Ă  plein, voire seulement une partie de la semaine.

Dans le moulin de la famille Bourgeois, l’ensemble du processus est automatisĂ©. Les opĂ©rateurs peuvent contrĂ´ler le bon fonctionnement grâce Ă  un système informatique.

En plus des farines « traditionnelles », les Moulins Bourgeois disposent Ă©galement d’une gamme de produits biologiques ou rĂ©alisĂ©s Ă  partir de mouture sur Meule. Historiquement, la rĂ©gion de la FertĂ© sous Jouarre Ă©tait rĂ©putĂ©e pour la qualitĂ© de sa pierre meulière et ce n’est sans doute pas Ă©tranger au dĂ©veloppement de cette activitĂ© ici. MalgrĂ© tout, la farine « blanche » et type 65, utilisĂ©es pour la confection des baguettes (tradition & pain courant) reprĂ©sentent 90% des commandes de la clientèle.

Dans ce moulin à cylindres « miniature » sont réalisées les farines type 65 biologique. Au premier plan, ce sont les farines de meule type 80 et plus spécifiques qui sont traitées.

Chez les Bourgeois, on dĂ©fend une certaine vision de la meunerie, justement proche de ses clients. Pas d’industriels, mais uniquement des artisans boulangers. Depuis 2004 et leur dĂ©part du groupement Banette, les frères ont mis en place leur identitĂ©, leurs inĂ©vitables prĂ©mixes (baguettes cĂ©rĂ©ales, aux ingrĂ©dients) entièrement rĂ©alisĂ©s « maison », ainsi que des dispositifs de communication (PLV, sachets, …), tout en gardant Ă  l’esprit qu’il fallait valoriser l’artisan et pas le meunier : c’est ainsi que la marque « Artisan Boulanger » est apparue. Cela dĂ©note d’une volontĂ© de se placer en partenaire, et non pas  en entreprise Ă©crasante comme c’est trop souvent le cas dans le secteur.

Vous connaissez sans doute cet Ă©criteau, puisque beaucoup de boulangers l’ont choisi pour orner leur devanture. Ici, ce sont les prĂ©noms des deux frères qui accompagnent la marque « artisan boulanger », exprimant la volontĂ© des Bourgeois de valoriser avant tout le boulanger, sans chercher Ă  « l’Ă©craser » sous une politique de rĂ©seau.

Plusieurs Ă©lĂ©ments vont d’ailleurs dans ce sens : l’ensemble des livraisons sont assurĂ©es par l’entreprise, ce qui reprĂ©sente près de la moitiĂ© de ses 80 collaborateurs. Un savoir-faire et une indĂ©pendance que David Bourgeois n’entendrait pas perdre, car il lui permet plus de flexibilitĂ© et de mieux percevoir les retours des boulangers auprès des livreurs. Dans une activitĂ© oĂą le marchĂ© a tendance Ă  stagner voire Ă  se rĂ©duire (la grande distribution prenant toujours plus de place dans les achats de pain chez les consommateurs), chaque dĂ©tail compte et il faut en faire beaucoup pour espĂ©rer garder sa clientèle. Le « point d’Ă©quilibre » numĂ©rique n’est d’ailleurs atteint que si le meunier recrute chaque annĂ©e environ 50 nouveaux clients, un chiffre qui n’est pas anodin.

Dans le cadre du contrĂ´le permanent de la qualitĂ© des blĂ©s, les Moulins Bourgeois disposent d’un moulin d’essai miniature, qui leur permet de rĂ©aliser des essais sur des Ă©chantillons.

Bien sĂ»r, le plus important reste la qualitĂ© et la rĂ©gularitĂ©. Pour l’assurer, des blĂ©s issus d’un pĂ©rimètre de 150km autour du moulin sont Ă©crasĂ©s ici, avec des Ă©quilibrages diffĂ©rents en fonction des annĂ©es. Compte tenu des volumes Ă  fournir, il serait difficile d’envisager de dĂ©velopper un « pain de terroir », ce qui aurait pour consĂ©quence d’Ă©ventuelles variations selon les annĂ©es et la qualitĂ© des rĂ©coltes. Au travers de plus de 450 essais de panification sur les lots de blĂ© et des contrĂ´les Ă  rĂ©ception, le moulin de Verdelot assure un produit rĂ©gulier et fiable, sur lequel les artisans boulangers peuvent compter. Les diffĂ©rents labels auxquels adhère l’entreprise participent Ă  ces garanties : ainsi, la baguette de tradition française Reine des BlĂ©s est certifiĂ©e Label Rouge, et une gamme complète de farines biologiques (rĂ©pondant au cahier des charges Saveurs Paris Ile-de-France) est proposĂ©e.

Dans ce laboratoire de formation, les boulangers peuvent suivre des modules de perfectionnement, pour le pain mais également pour de la tarterie ou du snacking.

Cette dĂ©marche de partenaire se prolonge par des formations proposĂ©es aux boulangers et Ă  leur personnel : autant en vente qu’en production, les Moulins Bourgeois peuvent apporter leur savoir-faire afin de tirer le meilleur de leurs matières premières. Un accompagnement souvent nĂ©cessaire dans le cadre de reconversions professionnelles.

Une boutique de formation a été aménagée afin de transmettre des techniques permettant de mieux mettre en valeur les produits fabriqués au fournil.

En dĂ©finitive, vous l’aurez bien compris, Ă  Verdelot, les Bourgeois produisent une farine pour le peuple, avec tout le caractère noble que cela peut avoir !

Le moulin est situĂ© dans le pĂ©rimètre de l’Ă©glise de Verdelot, qui est classĂ©e aux Monuments Historiques. Cela a impliquĂ© certaines contraintes lors de la construction du nouveau moulin, notamment en terme d’inscription dans le paysage. Ainsi, l’architecte a tentĂ© de donner au bâtiment les couleurs d’un tronc de bouleau pour le « fondre » dans cet ensemble. Une tâche difficile, dont le rĂ©sultat ne semble pas faire l’unanimitĂ©.

Notre sensibilitĂ© nous pousse Ă  rĂ©aliser des choix de vie parfois singuliers, en rupture avec la façon de procĂ©der qu’il est coutume de reproduire, pour un rĂ©sultat qui ne correspond Ă  aucune des cases Ă©tablies. En matière de boulangerie, je dois dire que la tendance est plus Ă  suivre la tendance qu’Ă  chercher Ă  crĂ©er quelque chose de nouveau, de fort et d’intĂ©ressant. Il n’y a qu’Ă  voir l’importance des rĂ©seaux boulangers dans l’hexagone…

D’ailleurs, peu de gens rĂ©flĂ©chissent sur le concept mĂŞme de boulangerie-pâtisserie, j’en ai dĂ©jĂ  parlĂ© ici, mais l’idĂ©e de rĂ©aliser deux mĂ©tiers provoque forcĂ©ment une dispersion qui n’est pas en faveur de la qualitĂ© du rĂ©sultat. Ajoutez Ă  cela des sandwiches et autres produits traiteurs, vous obtenez des artisans perdus et des clients contraints Ă  perdre du goĂ»t… Personne n’est gagnant.
Paris n’est pas une si grande ville que cela, au final. Peu d’endroits peuvent s’y vanter de proposer une offre de haute volĂ©e sur le plan du pain, de la viennoiserie ou encore de la pâtisserie. C’est le cas de des Gâteaux et du Pain, la boutique créée dĂ©but 2007 par Claire Damon et David Granger. Une mĂŞme exigence pour la qualitĂ©, et deux artisans aux talents complĂ©mentaires, chacun excellant dans son domaine. Plaza AthĂ©nĂ©e, Bristol … pour elle, Moulin de la Vierge pour lui, des noms qui marquent des parcours Ă©toilĂ©s. Sans savoir tout cela, c’est le lieu qui prĂ©sente son caractère singulier : aucune autre boulangerie n’a Ă©tĂ© dessinĂ©e par Yan Pennor’s. Pourtant, c’est bien le cas de la leur.

LĂ  encore, j’avais eu l’occasion de vous en parler prĂ©cĂ©demment, mais c’est en discutant avec les artisans que l’on comprend mieux leur engagement et les actions qu’ils mènent pour parvenir Ă  offrir des produits toujours plus savoureux. En l’occurrence, le 63 boulevard Pasteur est toujours en mouvement pour travailler et retravailler ses recettes, que ce soit du cĂ´tĂ© du pain ou des gourmandises.
En effet, mĂŞme si ce n’est pas forcĂ©ment le domaine le plus mĂ©diatisĂ© ou le plus actif en apparence, le fournil de David Granger n’en fait pas moins Ă©voluer ses mĂ©thodes de fabrication. RĂ©cemment, le diagramme de la baguette de tradition a Ă©tĂ© modifiĂ©… ainsi que son prix. 1,30€ pour 300g (l’objectif Ă©tant d’obtenir une baguette plus « charnue »), voilĂ  le nouvelle formule pour ce pain de caractère. Des notes persistantes de cĂ©rĂ©ales torrĂ©fiĂ©es, un peu de levain en fond, sans aciditĂ©, et surtout une croĂ»te extrĂŞmement craquante ainsi qu’une mâche d’une grande fraicheur. Pour parvenir Ă  ce rĂ©sultat, rien n’est laissĂ© au hasard : l’artisan rĂ©alise un mĂ©lange de farines des Minoteries Viron (de type 55) et du Moulin Hoche (moulue Ă  la pierre), accompagnĂ© de dĂ©tails qui ont leur importance (mode de levĂ©e, très lĂ©ger farinage Ă  la farine de seigle pour Ă©viter tout caractère « âpre »…).
Ici, le Moulin Hoche est un vĂ©ritable partenaire, puisqu’il rĂ©alise des farines sur-mesure, telles que celle de châtaigne. Le boulanger a Ă©galement pour projet de lui faire moudre du petit-Ă©peautre, ainsi qu’une autre variĂ©tĂ© de maĂŻs. L’objectif est avant tout de respecter le goĂ»t de ces matières premières et de ne pas les dĂ©naturer. Ainsi, la gamme a Ă©tĂ© rĂ©duite au fil du temps afin de ne proposer que des produits aboutis et sur lesquels le processus de fermentation n’entraine pas de perte de saveur. Il serait en effet dommage de gâcher d’excellents fruits ou mĂŞme fromages…


Pour les amateurs d’olives et de fougasse, la version de David Granger a rĂ©cemment Ă©tĂ© revue, pour intĂ©grer des olives vertes ainsi qu’une huile fournie par CĂ©dric Casanova et sa boutique « La TĂŞte dans les Olives » dans le 10è arrondissement. Le rĂ©sultat ? Un parfum très fruitĂ© et enivrant…! MĂŞme travail sur la Foccacia, Ă  prĂ©sent garnie de graines de fenouil sauvage d’Italie.

CĂ´tĂ© pâtisserie, mĂŞme exigence sur le choix des matières premières. Pas moins de 5 fournisseurs approvisionnent des Gâteaux et du Pain en fruits rouges actuellement, afin de proposer le meilleur Ă  la clientèle. Le plus bel exemple est sans doute la tarte aux fraises Ă  la fleur d’oranger, d’une grande simplicitĂ© mais remplie de subtilitĂ© : la douceur du crĂ©meux Ă  la fleur d’oranger vient souligner la saveur dĂ©licate des fraises Mara des Bois, accompagnĂ©es d’un fond de tarte bien beurrĂ© et presque fondant, sur lequel la crème d’amande contribue Ă  apporter de la douceur. Il ne faudrait pas pour autant passer Ă  cĂ´tĂ© du fameux J’Adore la Fraise, lequel rencontre un grand succès.
Au laboratoire, pas de purĂ©es de fruit issues de producteurs obscurs, mais uniquement des transformations maison. Le cassis sera prochainement livrĂ© ici, puis traitĂ© afin d’ĂŞtre utilisĂ© ensuite dans les diverses crĂ©ations de Claire Damon (dont son Saint HonorĂ© Cassis-Violette, une des pâtisseries les plus emblĂ©matiques de la maison).

Le goĂ»t est la prĂ©occupation principale des Ă©quipes de cette boulangerie-pâtisserie singulière, et non pas le visuel comme il deviendrait coutume. L’importance des mĂ©dias et de la communication n’y est pas Ă©trangère, chacun cherchant Ă  se mettre en avant pour exister sur ce marchĂ© assez concurrentiel. des Gâteaux et du Pain a bien du « y passer » et faire appel aux services d’une attachĂ©e de presse, sans pour autant perdre l’esprit de la maison. L’objectif est de mettre en avant le savoir-faire de la maison, mais aussi le travail du personnel, qui se sent valorisĂ© de travailler dans une entreprise connue et reconnue.

Prochaines actualitĂ©s dans cette boutique du 15è arrondissement ? La framboise d’ici quelques jours, puis viendra la pĂŞche, la poire et naturellement les bĂ»ches de NoĂ«l, qui commencent dors et dĂ©jĂ  Ă  ĂŞtre travaillĂ©es… un travail au fil des semaines et des saisons, dans le respect de la maturitĂ© des fruits, mais surtout des clients, qui bĂ©nĂ©ficient de cette exigence. Un mot d’ordre ici : prendre le temps et garder des gammes courtes, sans se disperser. Cela fonctionne aussi bien pour le pain que pour les douceurs. A suivre Ă©galement sur leur site http://www.desgateauxetdupain.com, lequel regorge Ă  prĂ©sent de photographies bien appĂ©tissantes.

Il est de plus en plus question de la proximitĂ© de l’approvisionnement de nos matières premières : en effet, pendant longtemps, nous avons pris la mauvaise habitude d’aller loin – parfois très – pour aller chercher des fruits, lĂ©gumes, cĂ©rĂ©ales et autres denrĂ©es, multipliant ainsi les dĂ©penses Ă©nergĂ©tiques, oubliant le respect de la saisonnalitĂ© et le vrai goĂ»t des produits. Cette quĂŞte effrĂ©nĂ©e de l’exotisme et de la maĂ®trise des Ă©lĂ©ments devait bien arriver Ă  son terme un jour ou l’autre, et cela commence Ă  ĂŞtre le cas.

Parmi les acteurs de ce changement, on compte Fabien Rouillard, le chef pâtissier de chez Fauchon. J’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion de vous en parler, mais je trouve que l’engagement pris par cet homme dans un vĂ©ritable changement au sein de la pâtisserie de cette grande maison parisienne est intĂ©ressant et mĂ©riterait de trouver un Ă©cho dans d’autres Ă©tablissements gourmands.
Si le chef en est arrivĂ© lĂ , c’est avant tout une question de parcours. A 39 ans, il n’est pas arrivĂ© Ă  la tĂŞte des Ă©quipes sucrĂ©es de Fauchon par hasard. Cuisinier d’esprit et de formation, il est devenu pâtissier de terrain sans pour autant perdre tout ce qui fait l’intĂ©rĂŞt de l’univers de la restauration, Ă  savoir la capacitĂ© Ă  mettre en oeuvre des ingrĂ©dients issus du marchĂ©, au meilleur de leur forme. Difficile de faire pareil en pâtisserie « boutique », puisqu’il faut assurer une gamme et une qualitĂ© constante au quotidien, mais on peut tout Ă  fait respecter le produit, le travailler sans le dĂ©naturer.
C’est ainsi qu’il a Ă©voluĂ© au sein des cuisines du Lucas Carton, le restaurant d’Alain Senderens, ou encore du Sketch de Pierre Gagnaire Ă  Londres. Des expĂ©riences et des hommes diffĂ©rents, qui s’ajoutent Ă  l’expertise dĂ©ployĂ©e au sein de CCDessert, l’entreprise de conseil qu’il a fondĂ© pour accompagner les acteurs de l’agro-alimentaire dans cette fameuse dĂ©marche de « rĂ©duction des distances ». PassĂ© l’Ă©pisode malheureux de PilĂŞo, le gâteau-chapeau créé par le chef, le parcours de ce passionnĂ© est tout Ă  fait remarquable.

Aujourd’hui, c’est au service des gourmands de la place de la Madeleine qu’il dĂ©ploie son savoir-faire. Fauchon l’a « appelé » l’an passĂ© pour succĂ©der Ă  Christophe Adam – une opportunitĂ© Ă  saisir. Chose qu’il n’a pas manquĂ© de faire, et avec brio. En quelques mois, il est parvenu Ă  imprimer un vĂ©ritable changement chez cette belle endormie pâtissière. Bien sĂ»r, cela ne s’est pas fait sans le soutien des Ă©quipes en place, qui ont particulièrement bien suivi et adhĂ©rĂ© Ă  cette volontĂ©. Des biscuits Ă  la farine de riz, des purĂ©es de fruit très lĂ©gères, … de nouvelles habitudes Ă  prendre qui portent aujourd’hui leurs fruits : moins de sucre, moins de perte, et surtout des chiffres encourageants en terme de ventes (+10% sur la pâtisserie ces derniers mois d’avril/mai).

RĂ©gulièrement, Fabien Rouillard se rend Ă  Rungis pour Ă©changer avec ses fournisseurs et sĂ©lectionner les variĂ©tĂ©s de fruit qui seront la base de ses futures crĂ©ations. Voici tout l’intĂ©rĂŞt de la dĂ©marche : la matière première est reine et c’est le pâtissier qui s’adapte. Ainsi, il doit tenir compte du fait qu’il n’y a pas qu’un seul Abricot Bergeron, et faire Ă©voluer sa recette au fil des semaines et des arrivages. Un exemple ? Le fraisier « Biarritz » intĂ©grait en dĂ©but de saison des fraises gariguettes, plus grosses que les maras des bois utilisĂ©es Ă  prĂ©sent. Ainsi, le gâteau n’en intègre plus trois mais cinq par tranche… Des dĂ©tails qui ont leur importance.
Avec la mĂ©tĂ©o capricieuse de ces dernières semaines, les fruits prennent du retard et pourraient compromettre le calendrier initialement prĂ©vu dans l’ordre des crĂ©ations de la collection pâtissière du chef. Ce mardi, il venait prĂ©senter sa dĂ©marche dans le cadre d’une formation proposĂ©e Ă  la SEMMARIS Ă  des enseignants. L’occasion d’aller voir et goĂ»ter les abricots proposĂ©s par les Vergers Saint-Eustache, l’un des fournisseurs de la maison Fauchon. Cela ne dispense pas M. Rouillard de voyages rĂ©guliers dans la France entière pour aller Ă  la rencontre des producteurs sĂ©lectionnĂ©s, afin de toujours mieux les impliquer dans cette dĂ©marche qualitative.

L’opĂ©rette, le fameux opĂ©ra Ă  base de pĂŞche prĂ©sentĂ© au dĂ©but du Printemps pourrait bien ĂŞtre retardĂ© si les fruits n’Ă©taient pas Ă  la hauteur des exigences de qualitĂ© du chef : hors de question de proposer un produit dont la « matière première » est mĂ©diocre, ce qui aurait pour consĂ©quence de devoir augmenter le taux de sucre pour donner du goĂ»t.

Bien sĂ»r, cela serait plus compliquĂ© si le contexte Ă©tait diffĂ©rent : il s’agit ici de rĂ©gler les approvisionnements pour une seule boutique, avec une clientèle disposant des moyens permettant une sĂ©lection pointue des matières premières. Fabien Rouillard le dit lui-mĂŞme : il se fait « plaisir », grâce aux moyens Ă  sa disposition… nous ne nous en plaindrons pas, puisque les produits seront ainsi plus savoureux.

Si l’on vivait dans un monde parfait, les origines des fruits seraient clairement indiquĂ©es pour chacune des pâtisseries prĂ©sentĂ©es au sein des Ă©choppes gourmandes de notre capitale… Libre Ă  chacun de faire son choix en consĂ©quence, de cette manière ! Pourquoi pas des gâteaux « locaux », après tout ?

Nos artisans façonnent autant qu’ils sont façonnĂ©s. Leurs parcours de vie influent directement sur les produits qu’ils nous proposent au quotidien, et justement, ce quotidien est sans cesse amenĂ© Ă  Ă©voluer. Rien de plus triste que de ne pas ressentir ce vĂ©cu, de ne pas lire une histoire lorsque l’on dĂ©guste un produit. Pourtant, c’est de plus en plus le cas, du fait de l’omniprĂ©sence de l’industrie dans les vitrines de nos boulangers et pâtissiers…

Sébastien Gaudard dans sa boutique du 22 rue des Martyrs

Face Ă  cela, certains rĂ©sistent, ou plutĂ´t choisissent de faire diffĂ©remment, de chercher le goĂ»t du passĂ©. Une vĂ©ritable quĂŞte de sens qu’a entamĂ© SĂ©bastien Gaudard pour ouvrir sa boutique du 22 rue des Martyrs, au coeur d’un quartier qu’il connaĂ®t bien puisqu’il y rĂ©side depuis plusieurs annĂ©es. Fauchon, le DĂ©licabar du Bon MarchĂ©… Le pâtissier a longtemps agitĂ© les papilles des parisiens pour en dĂ©finitive revenir Ă  des goĂ»ts plus simples, car il ne se retrouvait plus dans cette quĂŞte effrĂ©nĂ©e d’ingrĂ©dients cueillis aux quatre coins de la planète, pour parvenir Ă  des accords parfois chancelants. Son analyse est que le nouvel exotisme serait d’aller chercher ce qui est proche de nous, ce qui porte une vĂ©ritable force d’Ă©vocation. Souvenirs d’enfance, une pĂ©riode oĂą nous sommes gĂ©nĂ©ralement très « sucré ». Le chef lui-mĂŞme se souvient des dĂ©licieuses bonbonnières disposĂ©es de part et d’autre du lit de ses grands-parents… A la Pâtisserie des Martyrs, on ne revisite pas, non, on fait renaĂ®tre.

Les chocolats et confiseries. A noter la caisse enregistreuse, venue tout droit du magasin familial.

Des renaissances, il y en a eu plusieurs ici. A commencer par le lieu, ancienne pâtisserie Seurre comme bloquĂ©e dans les annĂ©es 80, la boutique a bien failli devenir un Beauty Monop’ lors du dĂ©part Ă  la retraite de ce dernier. Une intervention politique plus tard, la catastrophe est Ă©vitĂ©e de justesse, ce qui permet Ă  notre artisan – alors en recherche d’une implantation depuis 2 ans – d’installer sa bonbonnière bleutĂ©e qui fait aujourd’hui le bonheur des grands enfants de la rue des Martyrs. Il faut dire que SĂ©bastien Gaudard a toujours baignĂ© dans la gourmandise : fils de pâtissier Ă  Pont-Ă -Mousson, l’artisan ne fait aujourd’hui que prendre la suite de l’histoire familiale. Pas n’importe comment, d’ailleurs, puisqu’il reprend autant les objets (pots en verre de la boutique mussipontaine, notamment) que les produits. Cela ne paraĂ®t pas forcĂ©ment, mais malgrĂ© ses 6 mois d’existence, la Pâtisserie des Martyrs est chargĂ©e d’histoires et rĂ©pond Ă  un vrai besoin d’ancrage… et d’honnĂŞtetĂ©.

HonnĂŞtetĂ© et rigueur, c’est bien ce qui caractĂ©rise l’homme avec lequel j’ai pu Ă©changer. Des Ă©lĂ©ments qui se retrouvent bien dans ses produits, en dĂ©finitive. Pour redonner aux desserts et douceurs oubliĂ©s leurs lettres de noblesse, il a cherchĂ© les recettes pendant de longues semaines dans des ouvrages anciens, sĂ©lectionnĂ© d’excellents fournisseurs (que ce soit pour la confiserie, oĂą son expĂ©rience chez Fauchon lui a permis d’acquĂ©rir un carnet d’adresses dense, les matières premières – chocolat Valrhona, laiterie l’Or des PrĂ©s… – ou encore les liqueurs de Laurent Cazottes…) et investi dans son outil de production. Impossible de ne pas jeter un oeil sur le magnifique laboratoire visible depuis la boutique, baignĂ© dans la lumière naturelle, une chose rare pour Paris.
Avant mĂŞme son arrivĂ©e ici, ces fameuses pâtisseries d’antan ne lui Ă©taient pas inconnues, car il avait dĂ©jĂ  publiĂ© avec Françoise Bernard un ouvrage fin 2009 – Le Meilleur des Desserts, aux Ă©ditions Hachette. L’auteure, aujourd’hui âgĂ©e de 91 ans, entretient avec l’artisan des relations Ă©troites et a d’ailleurs contribuĂ© Ă  la mise en place de la gamme.

Cette fameuse gamme de produits ne tient pas du hasard. On y retrouve des pâtisseries gourmandes et vivantes : rien de marketĂ© ou prĂ©sentant un visuel tapageur. L’honnĂŞtetĂ© est lĂ , Ă©galement. A peine les desserts ont-ils Ă©tĂ© dĂ©sucrĂ©s pour rĂ©pondre aux goĂ»ts de l’Ă©poque, mais ce dĂ©tail mis Ă  part, il n’y a pas besoin de prĂ©senter les Paris-Brest, Choux Ă  la Vanille ou autres Ă©clairs proposĂ©s ici. Une vitrine vivante dans laquelle SĂ©bastien Gaudard compte bien faire entrer de nouvelles propositions au fil du temps, encore faudrait-il le trouver !
Depuis quelques jours, les framboises ont fait leur apparition ici, avec un certain retard par rapport aux autres pâtissiers de la rue. Les raisons ? Toujours cette honnĂŞtetĂ© et cette rigueur : en effet, les fruits sont directement livrĂ©s par un petit producteur du Lot-et-Garonne, sans intermĂ©diaire. Cueillis après 18h pour assurer une meilleure conservation, ils expriment toute leur saveur dans des tartes sans nappage, comme de vrais bouquets, simplement relevĂ©s et sublimĂ©s par un dĂ©licat fond de tarte nappĂ© de crème. Ici, pas de question quant Ă  la fraicheur du produit, puisque toutes les pâtisseries sont du jour : rien ne « repasse » comme il est coutume de faire dans de nombreuses maisons parisiennes. ForcĂ©ment, pas d’impression d’abondance permanente, mĂŞme Ă  l’heure de la fermeture, ce qui est souvent reprochĂ© Ă  cette pâtisserie…

Alcools, spiritueux, thĂ©s, miels, confitures… rien ne manque pour accompagner ou sublimer des repas.

Cependant, le passĂ© ne doit pas s’endormir, et notre artisan ne manque pas de projets pour les mois Ă  venir : une gamme de Miels renouvelĂ©e, des tablettes de chocolat, du travail du cĂ´tĂ© des glaces, dont la gamme demeure encore très rĂ©duite … en plus des horaires d’ouverture qui ont Ă©tĂ© Ă©largis Ă  plusieurs reprises (suppression de la coupure au dĂ©jeuner, tradition hĂ©ritĂ©e de l’ancien propriĂ©taire, et ouverture le dimanche toute la journĂ©e depuis peu).

SĂ©bastien Gaudard est aujourd’hui un pâtissier « bien dans ses baskets » (qu’il porte, d’ailleurs !), ayant trouvĂ© son ancrage, mĂŞme s’il sait qu’il reviendra sans doute Ă  des pĂ©riodes plus « crĂ©atives ». Quant Ă  nous, c’est avec plaisir que nous avons trouvĂ© notre port d’attache gourmand sur la rue des Martyrs !

A force de venir et revenir dans certaines boulangeries, on finit par me voir arriver de loin. Difficile de passer inaperçu, c’est vrai, mĂŞme si c’est sans doute ce que je prĂ©fèrerais car cela me permettrait de vous rendre toujours mieux compte de la rĂ©alitĂ© de l’accueil dans les diffĂ©rentes maisons que je visite. NĂ©anmoins, cela reste assez marginal, et on ne peut pas dire que je « ramène mon char » pour parler ainsi…

Gare de Chars, une heure de trajet depuis Paris Saint-Lazare. Sans oublier le passage par la charmante ville d’Us… mais pas de Coutume. Dommage.

NĂ©anmoins, j’ai choisi d’arrĂŞter mon char, pour le coup, mais pas n’importe oĂą. A Chars, un petit village du Val d’Oise. Cela n’a rien d’un hasard, puisque c’est ici qu’est implantĂ© le moulin Ă©ponyme. Ce dernier est dĂ©tenu par la famille Maurey depuis 1903. Aujourd’hui, c’est Thomas Maurey qui le dirige et le gère au quotidien, en plus de l’autre site de production acquis par la famille en 1996, le moulin de Cherisy.
Ambitieux et dynamique, le jeune meunier (Ă  peine 34 ans) mène de front plusieurs chantiers visant Ă  dĂ©velopper l’entreprise, tout en conservant son ancrage et son goĂ»t pour la qualitĂ©. Justement, c’est cette dernière qui doit ĂŞtre le vĂ©ritable facteur diffĂ©renciant de la meunerie artisanale. Pour la garantir, cela commence par la sĂ©curisation des approvisionnements auprès des agriculteurs situĂ©s autour du moulin. Ce travail, dĂ©jĂ  engagĂ© depuis longtemps par la famille Maurey, est aujourd’hui tout bonnement crucial au vu des variations des cours du blĂ© ces derniers mois.

Vue d’ensemble du moulin : la marque Banette y est encore très prĂ©sente !

En parallèle, l’outil de production doit continuer Ă  Ă©voluer pour assurer une rĂ©gularitĂ© et des rendements optimaux. Ainsi, une nouvelle aile a Ă©tĂ© rĂ©cemment adjointe au bâtiment pour rĂ©aliser le nettoyage des blĂ©s avec des machines de pointe. Ce traitement de la matière première est tout particulièrement important pour l’entreprise, qui est certifiĂ©e ISO 22000, un des standards les plus rigoureux en terme de sĂ©curitĂ© alimentaire. Cette garantie est nĂ©cessaire pour l’activitĂ© « technique » des Moulins de Chars : 40% de son chiffre d’affaire est en effet rĂ©alisĂ© par la production de farines destinĂ©es Ă  des utilisations spĂ©cifiques, sous des formes pasteurisĂ©es, micronisĂ©es ou encore toastĂ©es. Cela reprĂ©sente une des spĂ©cificitĂ©s de l’entreprise, car tous les meuniers ne se positionnent pas sur cette activitĂ© particulièrement exigeante.

La toute dernière aile du moulin, récemment mise en service. Ici sont nettoyés les grains avant mouture.

Les Maurey font partie des membres fondateurs du groupement Banette. Aujourd’hui, on trouve derrière cette marque plusieurs acteurs Ă  gĂ©omĂ©trie variable : cela va de l’industriel, Ă  l’image d’Axiane Meunerie, Ă  des acteurs plus modestes comme justement les Moulins de Chars. Pour exister, il devient essentiel de dĂ©velopper leur propre marque. C’est pourquoi les prochains camions de l’entreprise mettront en avant leur logo, tout comme le moulin sera rhabillĂ© Ă  leurs couleurs dans le courant de l’Ă©tĂ©. Au delĂ  de ces dĂ©tails purement cosmĂ©tiques, Thomas Maurey et son Ă©quipe mènent depuis 2008 – date Ă  laquelle il a pris la tĂŞte du moulin – un vĂ©ritable travail pour dĂ©velopper leur propre gamme de produits et une signalĂ©tique propre Ă  ces derniers. Ainsi, vous avez pu voir apparaĂ®tre des pains tels que la baguette Belle ArĂ´me, l’Impatiente, la « Tradi », mais aussi la marque Artisan Bio, créé en partenariat avec les moulins de Brasseuil.

Le laboratoire où sont effectués les contrôles qualité.

Au Fournil du Moulin, un ancien transformateur EDF rachetĂ© il y a quelques annĂ©es pour disposer d’un vĂ©ritable espace de dĂ©monstration, les clients des Moulins de Chars bĂ©nĂ©ficient d’un vĂ©ritable accompagnement dans la mise en place de leur gamme de produits. En effet, il devient de plus en plus important de se dĂ©marquer en proposant des saveurs variĂ©es Ă  sa clientèle, en recherche de goĂ»ts parfois relativement typĂ©s. Baguette Belle ArĂ´me pour les amateurs de levain, tout en restant dans une grande douceur (proposĂ© en « concentré » ajoutĂ© Ă  la pâte de tradition, avec un dosage laissĂ© au libre choix de l’artisan, ce qui lui permet de rester maĂ®tre du goĂ»t et du rendu), Impatiente cĂ´tĂ© cĂ©rĂ©ales (on apprĂ©ciera l’idĂ©e de l’assaisonner avec des Ă©pices, en effet, du curry et du cumin sont intĂ©grĂ©s au mĂ©lange), l’Equilibre en farine T80… La question demeure de savoir jusqu’oĂą le meunier doit intervenir dans la gamme du boulanger : les Moulins de Chars et de Cherisy proposent en effet des « mixes » et diffĂ©rents mĂ©langes prĂŞts Ă  l’emploi, et je ne vous cache pas que ce ne sont pas le type de produits que j’affectionne particulièrement. NĂ©anmoins, tous les artisans ne sont pas prĂŞts Ă  faire l’effort de crĂ©ation et si l’on parvient Ă  leur proposer des solutions « saines », cela va dans le bon sens.

Différentes baguettes : de gauche à droite : Tradition classique, Belle Arôme, Equilibre T80, Tradition sur levain, Tradition sur Poolish de Meule

Aujourd’hui Ă  la tĂŞte d’une entreprise de 45 personnes, Thomas Maurey compte bien continuer sur cette lancĂ©e tout en cherchant Ă  Ă©lever le niveau global de la qualitĂ© chez les artisans boulangers. Il me faisait part de la certaine admiration qu’il pouvait avoir quant au travail rĂ©alisĂ© au cours de ces dix dernières annĂ©es. En effet, quelques artisans ont portĂ© haut et fort le message du pain de Tradition Française et sont parvenus Ă  crĂ©er un effet d’Ă©mulation dans la profession. N’Ă©tant lui mĂŞme pas de formation meunière mais ayant suivi un cursus d’Ă©cole de commerce, il tente sur le terrain, au cĂ´tĂ© de ses commerciaux, de partager cet engagement.

Le Fournil du Moulin est dotĂ© d’Ă©quipements Ă  la pointe, Ă  l’image du four allemand dernier cri.

Difficile de terminer cet article sans vous parler de quelques uns des clients de cette entreprise : en effet, mĂŞme si on ne le sait pas toujours, les Moulins de Chars sont très prĂ©sents dans nos boulangeries parisiennes. Parmi ses clients les plus importants, on compte la famille Julien et ses nombreuses implantations, les « Castelblangeois » d’Olivier Pottier, plusieurs succursales des « Manon » de Guy Crouin, ou encore une partie de la production des boulangeries Gosselin. N’oublions pas pour autant de citer des artisans plus modestes mais non moins dynamiques, Ă  l’image de Guillaume Schou dans le 16è arrondissement, ainsi que MickaĂ«l Reydellet et ses deux Parisiennes. CĂ´tĂ© Artisan Bio, Anthony Bosson, FrĂ©dĂ©ric Pichard ainsi que Michel Fabre Ă  Alforville comptent parmi les plus qualitatifs.

La boulangerie, c’est le pain, mais c’est aussi toutes les gourmandises que l’on peut y retrouver : viennoiseries, pâtisseries, biscuits secs… Pour chacun, ce sont des recettes et des compĂ©tences diffĂ©rentes Ă  mettre en oeuvre. Parmi elles, on compte nombre de spĂ©cialitĂ©s rĂ©gionales qui prĂ©sentent des caractĂ©ristiques propres et des procĂ©dĂ©s de fabrication parfois bien spĂ©ciaux.

C’est notamment le cas d’une brioche armĂ©nienne, le Tcheurek. Je l’ai dĂ©couvert grâce Ă  Jonathan Blot, le chef pâtissier d’Acide Macaron, qui rĂ©alise actuellement des essais autour de ce produit.
Cette spĂ©cialitĂ© ne manque pas d’attrait et c’est pour cela que j’ai choisi de vous faire partager un peu de son histoire et de son mode de fabrication.

RĂ©alisĂ© chaque annĂ©e dans les familles armĂ©niennes Ă  l’occasion des fĂŞtes de Pâques, le Tcheurek possède avant tout la particularitĂ© d’incorporer une Ă©pice bien particulière : le Mahleb. Cette poudre est issue de l’intĂ©rieur (des graines, donc) des noyaux de cerise, qui sont broyĂ©s afin de parfumer ce type de gourmandise. CoĂ»tant environ 50 euros le kilogramme, son prix n’est pas le seul obstacle Ă  son utilisation. En effet, il est difficile d’en trouver en dehors de la pĂ©riode pascale. C’est fort dommage, car mĂŞme si consommĂ©e seule elle exprime une forte amertume, incorporĂ©e dans la pâte elle rĂ©vèle une superbe saveur florale, plus riche et entĂŞtante que ne peut l’ĂŞtre, par exemple, celle de la fleur d’oranger.

Ainsi, cette brioche exprime un parfum frais et soutenu, assez inhabituel. Ce qui surprend Ă©galement, c’est sa texture assez dense. Elle doit se situer en rĂ©alitĂ© entre la brioche et le pain au lait. GĂ©nĂ©ralement, elle est trempĂ©e dans une boisson, comme du lait ou du thĂ©. Cette fameuse densitĂ© est liĂ©e Ă  son procĂ©dĂ© de fabrication surprenant. Pour rĂ©aliser la pâte, on mĂ©lange bien entendu des oeufs (deux fois moins que dans une brioche « traditionnelle »), du sel, de la farine, du beurre (en quantitĂ© rĂ©duite, lĂ  encore)… et beaucoup de levure : 80g par kilogramme de farine. Une fois le pĂ©trissage rĂ©alisĂ©, elle pousse pendant 2h et prend Ă©normĂ©ment de volume, du fait de la forte quantitĂ© de levure. C’est alors que l’ensemble est repĂ©tri, fortement aplati et dĂ©gazĂ©. On façonne alors une boule ou une tresse, que l’on laisse pousser de nouveau.
Avant la cuisson, la brioche est dorĂ©e au jaune d’oeuf, qui va caramĂ©liser Ă  la cuisson, et dĂ©corĂ©e de graines de sĂ©same.

Grâce Ă  ce travail, le Tcheurek offre une excellente conservation et est gĂ©nĂ©ralement enveloppĂ© dans un linge pour ĂŞtre consommĂ© sous une semaine Ă  dix jours. Ce temps est d’autant plus long dès lors que l’on façonne de grosses pièces. Dans tous les cas, le rĂ©sultat ne manque pas d’ĂŞtre agrĂ©able dès lors que la recette est rĂ©ussie. Dans ce cas, la brioche est dense mais moelleuse… dans l’autre, elle est difficilement consommable car assez ‘Ă©touffe chrĂ©tien’. Jonathan Blot n’Ă©tait pas satisfait du rĂ©sultat obtenu et va travailler Ă  nouveau le produit avec une autre recette. En effet, chaque famille possède la sienne, et certains dĂ©tenteurs du ‘secret’ l’emportent avec eux… Ce qui rend la tâche plutĂ´t compliquĂ©e !
Chez Acide, on rĂ©flĂ©chit Ă©galement Ă  la forme Ă  donner Ă  cette spĂ©cialitĂ©, pour l’adapter aux besoins de l’entreprise mais surtout aux goĂ»ts de sa clientèle. Ainsi, il est envisagĂ© de l’enrichir de prunes lĂ©gèrement acidulĂ©es pour casser cette douceur florale, mais aussi de la proposer avec une boisson particulière.

Vous vous demanderez sans doute pourquoi une boutique spĂ©cialisĂ©e dans la rĂ©alisation de macarons et petites pâtisseries cherche Ă  dĂ©velopper un tel produit. La raison est toute simple : d’ici septembre, l’Ă©quipe d’Acide inaugurera un salon de thĂ©, non loin de la boutique actuelle, dans le 17è arrondissement. Leur objectif est d’y proposer des gourmandises simples, accessibles et savoureuses, Ă  l’image du Tcheurek. Un retour aux fondamentaux, une pâtisserie sans artifices qui sera ainsi Ă  la portĂ©e de tous : voilĂ  un objectif très painrisien, et bien plus sensĂ© que les tendances qui se dessinent actuellement, oĂą c’est avant tout l’apparence qui est privilĂ©giĂ©e… au dĂ©triment du prix et du goĂ»t.

VoilĂ  dans tous les cas une belle dĂ©couverte, que j’ai hâte de pouvoir retrouver dans ce nouveau lieu sur lequel les esprits toujours très crĂ©atifs d’Acide planchent dĂ©jĂ  avec ardeur… Cela promet !

Une plume et des mots peuvent reprĂ©senter des armes redoutables, dont on mesure parfois mal la force et la capacitĂ© Ă  toucher les individus. En rĂ©alitĂ©, il n’est possible d’en prendre conscience qu’en faisant, en se trompant parfois, et en confrontant son propre ressenti avec le ou les intĂ©ressĂ©s.
J’ai dĂ©jĂ  pu l’Ă©crire ici, au risque de me rĂ©pĂ©ter, je ne prĂ©tends pas ĂŞtre parfait et j’avance chaque jour. Ensuite, il restera toujours des questions d’apprĂ©ciation et de goĂ»ts personnels. D’ailleurs, on dit souvent qu’ils sont dans la… Nature.

Dans la Nature, de Pain celle-lĂ , j’y suis retournĂ© pour Ă©changer avec LoĂŻc Bret, le gĂ©rant de la boulangerie parisienne, implantĂ©e rue de LĂ©vis, dans le 17è arrondissement. En effet, suite Ă  mon billet au sujet de sa boutique, ce dernier m’avait contactĂ© afin de m’exprimer son mĂ©contentement et apporter des prĂ©cisions vis Ă  vis des erreurs que contenaient mes Ă©crits.
Je dois le reconnaĂ®tre, mes jugements et conjectures Ă©taient certainement trop hâtifs. Revenons sur cet article qui ne figurera certainement pas au PanthĂ©on du painrisien…

La gamme de pains - on y préférera la torsade et son agréable saveur sucrée de sarrasin, reprise dans le pain aux céréales

A commencer par le volet humain, et plus particulièrement sur la personne de LoĂŻc Bret. PrĂ©sentĂ©, de façon très lapidaire comme Ă©tant un « ancien chef pâtissier d’Amiens », cela fait l’impasse sur le parcours de cet artisan dont l’engagement rejoint la passion. Pâtissier certes, mais c’est bel et bien par la boulangerie qu’il a commencĂ©, avant de bifurquer vers le sucrĂ©, et plus particulièrement dans le chocolat, jusqu’Ă  en arriver Ă  la finale du concours de Meilleur Ouvrier de France. Au delĂ  de briller sur ce plan, M. Bret a Ă©galement beaucoup voyagĂ© et oeuvrĂ© dans des missions de conseil Ă  l’Ă©tranger pendant plus de 7 ans. C’est suite Ă  ce parcours qu’il a souhaitĂ© revenir Ă  ses fondamentaux et Ă  dĂ©velopper sa propre affaire sur Paris.

Les pâtisseries : du classique (tartes, éclairs, ...) et quelques créations, comme un entremets riz au lait-champagne

En effet, Nature de Pain « Paris » reste avant tout une entitĂ© indĂ©pendante, l’association avec l’enseigne ayant principalement permis Ă  M. Bret de s’installer et d’obtenir un tel emplacement, chose qu’il aurait Ă©tĂ© difficile de rĂ©aliser sinon. Les produits sont diffĂ©rents de ceux proposĂ©s Ă  Amiens, nous sommes loin de la « chaine » telle qu’on aurait pu l’imaginer. L’objectif affichĂ© par l’artisan est de placer cette boutique parmi les 5 meilleures boulangeries parisiennes. A mon sens, il reste avant toute chose Ă  trancher et Ă  Ă©voluer sur la question des cuissons et de la rĂ©alisation des pains. En effet, au delĂ  du volume important rĂ©alisĂ© ici (plus de 1000 clients journaliers, en plus de la fourniture de nombreux restaurants et hĂ´tels aux alentours) qui a forcĂ©ment un impact sur la qualitĂ©, le pain ne peut exprimer toute sa saveur qu’avec des croĂ»tes plus dorĂ©es, de mĂŞme qu’il dĂ©veloppera alors son caractère craquant, si agrĂ©able.

Quelques baguettes... qui mériteraient toujours plus de cuisson, malheureusement

Pourtant, cela ne semble pas ĂŞtre ce que recherche la clientèle locale, et si la situation est telle aujourd’hui, ce n’est pas sans raison. Lors de l’ouverture, en 2010, LoĂŻc Bret et son Ă©quipe avaient l’intention de proposer des produits conformes Ă  leurs goĂ»ts et aspirations. Malheureusement, c’est la rĂ©alitĂ© Ă©conomique parisienne qui les a rapidement rattrapĂ©s. De 400 Ă  500 baguettes par jour, Nature de Pain parvient aujourd’hui Ă  en Ă©couler plus de 900, en ayant « adapté » les cuissons. Egalement, l’accent a Ă©tĂ© mis sur l’offre de restauration rapide, au dĂ©triment de la pâtisserie. Un exemple parmi d’autres : les canelĂ©s, proposĂ©s initialement, ont Ă©tĂ© abandonnĂ©s car la clientèle les rĂ©clamait peu cuits… Or, c’est la caramĂ©lisation qui leur procure toute leur saveur.
MalgrĂ© cela, le travail sur levain liquide (au travers d’un fermentolevain installĂ© au sein du fournil) permet d’assurer une meilleure conservation au pain et lui apporter une certaine richesse aromatique. Cela se retrouve bien sur le pain de campagne, plus cuit, dĂ©pourvu d’aciditĂ© et offrant de belles saveurs, sans ajout de malt. On peut Ă©galement citer quelques bonnes idĂ©es, comme le fait d’utiliser une base de pâte au sarrasin pour le pain aux cĂ©rĂ©ales, ce qui apporte des notes sucrĂ©es et rustiques.

Pains gourmands & pain de campagne. Ce dernier, vendu au poids à un tarif très compétitif (4,15 euros le kg), est certainement un des points forts de la gamme.

Quant Ă  l’aspect « vide » du magasin que j’ai pu reprocher initialement, celui-ci Ă©tait liĂ© au fait que mes visites Ă©taient rĂ©alisĂ©es l’après-midi. En effet, Ă  l’heure du dĂ©jeuner, près de 400 clients passent par ici et mettent inĂ©vitablement Ă  mal les vitrines de la boutique. Rien de bien choquant lĂ  dedans, d’autant que cela permet de garantir l’extrĂŞme fraicheur des produits, tout en limitant les pertes (les invendus n’Ă©tant pas repassĂ©s d’un jour Ă  l’autre – ils sont en effet donnĂ©s Ă  des oeuvres ou jetĂ©s). Cela ne m’avait toutefois pas permis de partager avec vous l’ensemble de la gamme, et notamment des crĂ©ations qui donnent de la saveur au lieu…

Citons notamment le large choix de sandwiches et de paninis, dont les recettes ont Ă©tĂ© rĂ©flĂ©chies et Ă©laborĂ©es, Ă  l’image du petit dernier de la gamme : une proposition vĂ©gĂ©tarienne, incluant un mĂ©lange de lĂ©gumes, liĂ© du pesto et une sauce au fromage blanc mentholĂ©e. Des pains gourmands et moelleux, telle qu’une fougasse aux olives, tomates confites et herbes, un pain tomate/basilic ou encore noix/raisins complètent la gamme « dĂ©jeuner », avec des saveurs bien marquĂ©es puisque les ingrĂ©dients macèrent près de 24h dans la pâte avant cuisson.
Les gourmandises sucrĂ©es ne sont pas en reste, avec notamment une sympathique gamme de briochettes, dont la plus intĂ©ressante est sans doute celle parfumĂ©e Ă  la vanille et Ă  la rose. Au fil du temps, ce produit est devenu une des spĂ©cialitĂ©s de la boutique, Ă  juste titre puisqu’elles associent accessibilitĂ© (1,15 euros la pièce), moelleux et saveur.

Viennoiseries et gourmandises : amusantes déclinaisons de briochettes (tiramisu, vanille-rose, nutella-noisette, pralines...) ainsi que des panettone maison et des sablés variés

Pour le reste, cela tient plus de dĂ©tails techniques et organisationnels (quantitĂ© de personnel, macarons prĂ©sentĂ©s dans leurs alvĂ©oles pour conserver leur humiditĂ© et Ă©viter le dĂ©sĂ©chement – ce qui n’a pas empĂŞchĂ© la boulangerie d’en Ă©couler 1 tonne l’an passĂ©, …). Bien sĂ»r, tout n’est pas parfait, mais l’engagement dĂ©veloppĂ© par cet artisan en faveur de produits de qualitĂ© et d’un certain respect de sa clientèle est apprĂ©ciable. Tout comme le respect de ses salariĂ©s, lesquels bĂ©nĂ©ficient d’un environnement de travail agrĂ©able, avec un laboratoire spacieux et lumineux – chose parfois peu Ă©vidente Ă  Paris, vu le prix des surfaces. D’ailleurs, tous les mercredis, Nature de Pain accueille des groupes de touristes qui peuvent ainsi dĂ©couvrir par eux-mĂŞme la boulangerie.

Nature de Pain est présent dans de nombreux guides, japonais notamment

Ce constat de la « force », que l’on pourrait presque qualifier de nuisance, imposĂ©e par la recherche d’un pain peu cuit m’inquiète autant qu’elle m’attriste. Cela signifierait donc que pour survivre, financer leurs investissements et rembourser leurs crĂ©dits (comme c’est le cas pour LoĂŻc Bret), nos artisans devraient cĂ©der Ă  ce travers ? Face Ă  ce monde Ă©trange, perdu et torturĂ©, j’aimerais bien aller faire un tour dans… la Nature, tiens.

Certains Ă©vĂ©nements donnent des couleurs aux villes, par leur portĂ©e et leur animation. Un carnaval, un dĂ©filĂ© et la citĂ© s’enflamme. Bon, n’exagĂ©rons rien, mais tout de mĂŞme. Un peu de mouvement est toujours le bienvenu.

Bienvenue Ă  Europain 2012 !

Depuis le 3 mars, un bien curieux dĂ©filĂ© se dĂ©roule d’ailleurs Ă  Villepinte, dans le Nord de Paris. Une ville peinte en pain… Passons sur les jeux de mots, il s’agit d’un Ă©vĂ©nement tout Ă  fait sĂ©rieux, en l’occurrence l’Europain 2012, la grand messe des acteurs de la boulangerie-pâtisserie. Jusqu’au 6 mars, ce salon est un peu « the place to be », autant pour les artisans que pour les fournisseurs du milieu. Tout le monde y est : meuniers, industriels fournissant des solutions surgelĂ©es, fabricants de fours et matĂ©riaux divers, amĂ©nageurs de magasins, Ă©coles de formation… Il faut un peu faire son marchĂ© pour ne pas ĂŞtre dĂ©bordĂ© par la quantitĂ© d’exposants et le flot d’informations qui en dĂ©coule. Chacun voit midi Ă  sa porte : certains privilĂ©gieront les Ă©quipementiers, d’autres les fournisseurs d’ingrĂ©dients divers, tandis que les boulangers travaillant sur un projet d’installation iront s’adresser aux meuniers.

Difficile d’exprimer un avis sur un tel salon, tant il prĂ©sente un Ă©ventail diversifiĂ© d’acteurs et de visions de la profession. On peut toutefois tenter d’en dĂ©gager quelques tendances de fond, des mouvements et des directions dans lesquelles la boulangerie s’oriente. Il faut en effet Ă©crire directions, le pluriel prend ici tout son sens, et toutes ne sont pas orientĂ©es de la mĂŞme façon. Tandis que certains tentent de porter la profession vers le haut, certains semblent plutĂ´t satisfaits de la situation actuelle et ne voudraient surtout pas que cela change.

Sur le "village" Banette

C’est d’ailleurs par lĂ  que l’on commence. En pĂ©nĂ©trant dans le Hall 4, on est immĂ©diatement accueilli par le « village » Banette. Il est tout Ă  fait Ă  l’image de l’empire et de la puissance qu’a pris le groupement, aujourd’hui constituĂ© en majoritĂ© par des moulins de grande taille, tels que Axiane Meunerie ou les Grands moulins Aubry. Pas question pour cette entreprise de faire les choses Ă  moitiĂ© : sur son stand, on retrouve l’ensemble des activitĂ©s du « groupe », entre l’Ă©cole de formation et les concepts de boutique, tout en mettant l’accent sur sa force de communication, dĂ©veloppĂ©e notamment au travers de son statut de Fournisseur Officiel du Tour de France. Je ne vois pas ici des personnes cherchant Ă  faire Ă©voluer le pain et la boulangerie : dans la boutique de dĂ©monstration, les mixes sont mis en avant et distribuĂ©s Ă  tour de bras dans des sacs Ă  l’effigie de la marque. Il ne serait pas question de chercher Ă  dĂ©velopper chez les boulangers un quelconque esprit, les encourager Ă  dĂ©velopper leurs recettes et leur identitĂ©, bien au contraire : il faut que le consommateur puisse retrouver la mĂŞme gamme d’un bout Ă  l’autre du pays. MĂŞme constat du cĂ´tĂ© d’acteurs tels que Copaline, Festival des Pains, Soufflet / BaguĂ©pi ou encore Grands Moulins de Paris / Ronde des Pains. Chacun propose ses solutions clĂ©s-en-mains, il ne reste plus qu’Ă  l' »artisan » Ă  suivre les modes d’emploi, mettre son Ă©pouse ou une vendeuse Ă  la caisse, et le tour est jouĂ©. Est-ce ainsi que l’on avancera vers une boulangerie concentrĂ©e sur le goĂ»t, la qualitĂ© nutritionnelle et plus globalement sur l’idĂ©e que chacun de nos artisans peut ĂŞtre unique ? Certainement pas. Pourtant, c’est bien dans cette voie que nous devrions nous engager, il en va de la survie de la profession : Ă  force de proposer une offre ennuyeuse, peu qualitative aux consommateurs, ceux-ci finiront par se dĂ©tourner des petites Ă©choppes, au profit de la praticitĂ© offerte par les grands distributeurs.

Le stand des Grands Moulins de Paris / Ronde des Pains

Fort heureusement, d’autres acteurs tentent de changer les choses et s’inscrivent dans une toute autre dynamique. Chez des meuniers comme les moulins Bourgeois, Decollogne, Foricher, FouchĂ©, … le discours est bien diffĂ©rent. Il est question de qualitĂ©, d’authenticitĂ©, de sĂ©lection du blĂ©… Autant de choses qui ont du sens et devrait entrainer les boulangers dans une dynamique positive pour tous. Pas de mystère : ces acteurs de la meunerie fournissent la plupart des adresses citĂ©es ici.

La maquette du nouveau moulin de chez Decollogne

En marge de ce « dĂ©bat », il est aussi important de s’intĂ©resser aux fournisseurs de produits finis. Bien sĂ»r, Coup de Pâte, Bridor et autres crĂ©ateurs de pains et gourmandises industriels sont reprĂ©sentĂ©s. Chez Coup de Pâte, on pousse le vice jusqu’Ă  dĂ©velopper des concepts de magasin articulĂ©s autour de leurs gammes de produits, en les mettant en scène comme s’ils revĂŞtaient un quelconque caractère authentique. Au vu du monde prĂ©sent sur leur stand et de l’activitĂ© de leur Ă©quipe commerciale, ce discours ne semble pas laisser insensible nombre d' »artisans » et entrepreneurs de la boulangerie. Bridor dĂ©veloppe une dĂ©marche plus qualitative et crĂ©ative, notamment au travers de son partenariat avec LenĂ´tre et avec le dĂ©veloppement de produits originaux (comme de petits pains parfumĂ©s, au citron et au thym, entre autres).

Sur le stand Bridor, du surgelé "haut de gamme"

Les meuniers ne sont pas en reste pour proposer leurs gammes de viennoiseries surgelĂ©es (Recettes de Mon Moulin chez les GMP, notamment), ce qui est assez inacceptable Ă  mon sens : comment pouvoir prĂ©tendre dĂ©fendre l’artisanat ensuite ? L’argent et le profit sont dĂ©cidĂ©ment le coeur des prĂ©occupations de ces entreprises, rien d’autre.

La Boulangerie de la Place selon Coup de Pâtes, alors que cela ne pourrait pas être nommé ainsi dans la réalité (législation quand tu nous tiens)

La tendance est clairement au Biologique : chacun dĂ©gaine sa gamme certifiĂ©e, alors que cela ne signifie pas pour autant que les produits sont meilleurs. Les consommateurs sont rassurĂ©s, mais si cela ne s’accompagne pas d’une vraie dĂ©marche de qualitĂ© et de goĂ»t, cela ne vaut rien. Heureusement, quelques acteurs « historiques » de la minoterie Biologique relèvent le niveau et permettent de sortir des mixes fraichement dĂ©veloppĂ©s par les mastodontes du secteur.

Sur le stand Bio des Moulins de Brasseuil (enseigne l'Artisan Bio)

CĂ´tĂ© pâtisseries, lĂ  encore il y a du choix, plus ou moins qualitatif. Des entreprises telles que PCB CrĂ©ation sont parvenues Ă  exceller dans le visuel, mais je ne suis pas certain que le goĂ»t soit toujours Ă  la hauteur des promesses faites par cette apparence sĂ©duisante. LĂ  encore, il y a quelques questions Ă  se poser : pourquoi se tourner vers ce type de solution, alors qu’il serait souvent prĂ©fĂ©rable de rester dans des gammes de produits plus simples et « boulangères » (tartes, pâtes Ă  choux…) qui permettraient d’assurer une fabrication 100% maison ?

Frédéric Lalos en pleine action chez Philibert Savours

Au dĂ©tour des allĂ©es, on dĂ©couvre aussi des associations pas toujours très heureuses. Lorsque l’on voit FrĂ©dĂ©ric Lalos oeuvrer sur le stand de Philibert Savours et proposer l’un des pains dĂ©veloppĂ©s dans ses boutiques du Quartier du Pain (le Longuet est en effet prĂ©sent au catalogue Philibert, sous le nom de Campasine), on peut s’interroger sur la vĂ©racitĂ© de l’engagement qualitatif de ce Meilleur Ouvrier de France, car cette entreprise utilise tout bonnement le levain comme un additif, destinĂ© Ă  donner du goĂ»t, le dĂ©tournant de ses qualitĂ©s premières. Il faut croire que certains, arrivĂ©s Ă  un certain niveau de visibilitĂ© et de reconnaissance, se laissent porter par leur succès et acceptent des contrats qui ne sont pas toujours Ă  leur honneur.
Avant d’en arriver lĂ , c’est par les Ă©coles de boulangerie qu’il faut passer, et elles sont reprĂ©sentĂ©es sur le salon, Ă  l’image de l’INBP qui rĂ©alise des dĂ©monstrations. Elles prennent Ă©galement part aux concours organisĂ©s tout au long de l’Europain. Coupe du Monde de Boulangerie, Mondial des Arts SucrĂ©s, Coupe de France des Ecoles… Les Ă©vĂ©nements ne manquent pas et ponctuent la vie du salon.

Pains snacking créatifs chez Eric Kayser

Au delĂ  des fabricants de chocolat, confiseries et autres gourmandises qui ont l’habitude d’innover dans les saveurs et les formes, la crĂ©ation s’invite Ă©galement du cĂ´tĂ© du pain, et on peut ainsi dĂ©couvrir de nouvelles façons d’en dĂ©guster. A mon sens, c’est tout bonnement vital pour donner envie aux consommateurs d’en manger plus rĂ©gulièrement, et surtout en plus grande quantitĂ©. Pains de mie marbrĂ©s aux diffĂ©rentes saveurs (lĂ©gumes, encre de seiche…) sur le stand Foricher, soupière en pain pouvant ĂŞtre mangĂ©e chez Eric Kayser, … les idĂ©es ne manquent pas et j’espère sincèrement que ce bouillonnement intellectuel de leurs dĂ©monstrateurs saura faire mouche auprès des visiteurs du salon.
En innovation, on peut aussi citer les machines toujours plus perfectionnĂ©es dĂ©veloppĂ©es par les Ă©quipementiers, Ă  destination des acteurs de la boulangerie industrielle. Rien de très heureux lĂ  dedans, je ne peux pas dire que voir des baguettes sans vie tomber dans des bacs soit un spectacle rĂ©jouissant pour moi, mais Ă  chacun son mĂ©tier, après tout…

Une terrifiante machine chez un équipementier pour la boulangerie industrielle

Comme vous l’aurez compris, Europain nous propose un environnement très riche, entre « tradition » et innovation, entre boulangerie consciente des enjeux Ă  venir et volontĂ© de perdurer sur les mĂŞmes recettes qui ne peuvent que nous conduire Ă  une catastrophe future. Je finirai par un clin d’oeil souriant aux stands plutĂ´t dĂ©laissĂ©s par les visiteurs au sein de ce salon… et notamment Ă  celui de la confĂ©dĂ©ration, oĂą l’Ă©quipe de M. Crouzet n’avait pas fort Ă  faire.

Le stand de la confédération, assez déserté.