Hier je vous parlais de ceux que l’on entend un petit peu trop, qui ont plus tendance à communiquer qu’à faire le plus important, c’est à dire le bien, le beau, le simple, et ce au quotidien. A l’inverse, il y en a quelques uns qui réalisent un travail impressionnant en toute discrétion, comme s’ils avaient un peu trop retenu l’adage « vivons heureux, vivons cachés ». Tout cela est un peu malheureux car cela laisse beaucoup trop de champ libre, qui devrait être occupé par ceux qui le méritent réellement. Le monde est ainsi fait, imparfait et compliqué. Essayons seulement de le rendre plus juste.

Parmi ces artistes de l’ombre, ces travailleurs acharnés qui parviennent à offrir à leur clientèle des produits de qualité sans s’en vanter, Rodolphe Landemaine compte parmi mes préférés. En effet, cet artisan boulanger a su multiplier les implantations à Paris au fil des années, sans pour autant perdre ce bel esprit d’entreprise et d’humanité qui est le sien. Autant en France qu’en Asie, au travers de son école de formation « Levain d’Antan », ouverte au Japon avec son épouse, il cultive le partage mais pas la communication. A peine en a on entendu parler l’an passé avec sa nomination au titre de « boulanger de l’année » dans le Pudlo. Au delà de ça, rien, pas d’agence de RP, peu de parutions dans la presse.

De l'extérieur, rien n'indique la récente reprise. Pourtant, dans la boutique, les produits ont déjà considérablement évolué.

Depuis début mars, il nous apporte une nouvelle preuve de son talent de boulanger et d’entrepreneur, mais aussi de ses qualités humaines, grâce à sa toute dernière implantation au 121 rue de Charonne, dans le 11è arrondissement. En réalité, il ne s’est pas installé seul dans cette boulangerie, et c’est certainement ce qui donne à cette reprise un caractère encore plus humain et sympathique. C’est avec un ami de longue date, David Devant, qu’il a repris l’affaire précédemment tenue par le couple Maurice. Cet artisan passionné a oeuvré dans de grandes maisons depuis plusieurs années, et notamment aux côtés de Rodolphe Landemaine. Il souhaitait se mettre à son compte, ce projet a pu se concrétiser avec l’apport de son ami. Quand la boulangerie raconte de telles histoires, le painrisien que je suis ne peut qu’être séduit, d’autant plus quand cela participe à la transformation d’un quartier.

En effet, la rue de Charonne et ses alentours se montrent de plus en plus gourmands et presque ‘tendance’. D’une zone plutôt morose et très ouvrière, le quartier mue peu à peu avec l’implantation de commerces de qualité. Entre le restaurant Septime à quelques pas (un important client de la boulangerie Landemaine Voltaire, par ailleurs !), la maison POS et ses produits savoureux, le fameux Cyril Lignac en embuscade aux alentours… cela offre autant de perspectives intéressantes aux habitants du secteur.
A la sortie du métro Charonne, la boulangerie à la devanture bleue reprise par les deux compères ne manque pas de potentiel, même si le travail à effectuer est d’ampleur. La boutique est demeurée « dans son jus » depuis plusieurs années, détenue par un artisan affilié au réseau Ronde des Pains, peu porté sur le caractère attrayant que pourrait avoir l’endroit.

Cependant, ce sont dors et déjà les produits vendus ici qui profitent de ce changement. Côté pains, on retrouve une grande partie des recettes développées dans les boulangeries Landemaine. Baguette de tradition bien sûr, mais aussi une très bonne « baguette de campagne » – très douce et aux belles notes de noisette, ainsi que le « pain de Charonne » (pain de tradition au levain bien relevé, proposé dans les autres boutiques sous les noms de Pain de Voltaire, de Clichy, des Martyrs ou encore Roquette) ou encore quelques spéciaux (pain au cacao, pain ananas-papaye, pain au chocolat blanc…) et bien sûr la tourte de Meule. Il reste encore du travail à réaliser : c’est toute une équipe déjà en place qu’il faut réorienter, avec laquelle il faut composer et changer des habitudes bien ancrées. Néanmoins, les pains sont dors et déjà tout à fait honorables et on y retrouve la « patte » de la maison Landemaine.

Ce qui différencie particulièrement cette boutique, ce sont certainement les pâtisseries, avec une gamme particulièrement soignée et intéressante. On trouve ainsi des créations telles qu’un éclair au cassis. Pour le reste, on appréciera également l’offre de sandwiches, de fougasses, de pizzas, de quiches et même de burgers, ainsi que les diverses tartes vendues à la part. Les viennoiseries sont tout à fait avenantes.

Il faudra encore un peu de temps pour que tout soit parfait et que l’équipe soit bien rodée, mais après 6 semaines d’activité, on ne peut que saluer le travail réalisé. Celui-ci se concrétise également du côté de l’accueil, pas tout à fait au point, mais de bonne volonté.

Infos pratiques

121 rue de Charonne – 75011 Paris (métro Charonne, ligne 9)
ouvert tous les jours sauf le mercredi de 7h à 20h.

5 réflexions au sujet de « Boulangerie Landemaine & Devant, Paris 11è, de l’amitié et du mouvement »

  1. YOU-OUH !!! \o\ |o| /o/ _o_ |o| \o/

    « Seulement » 25 mn aller-retour pour aller chercher le pain ! Tu m’apprends cette excellente nouvelle, merci !
    (Et si en plus ils font la baguette de campagne dont je ne peux pas me passer…)

  2. Mouais. Après quelques essais, je reviens modérer mon enthousiasme… Les cuissons sont beaucoup trop justes pour obtenir des pains savoureux ; les textures et les goûts si peu fidèles à ce qu’on trouve dans les autres boutiques que j’en viens à me demander si la farine a la même provenance.

    Et certains jours, le façonnage est tout simplement inexistant : la baguette de campagne, si élégante chez Landemaine, ressemble ici parfois à un os bouffi.

    D’apparence, c’est du Landemaine, mais au palais, ça n’a pas grand chose de commun. Les termes de l’association entre les deux boulangers ne sont pas très lisibles pour le consommateur.

    • Effectivement, il reste des ajustements à faire comme je l’indiquais dans mon billet. L’équipe en place côté production n’était pas très « dynamique » et il faut faire tout un travail pour la réadapter à de nouvelles recettes et à un certain niveau d’exigence.

  3. Décidément, emma est dure !! rien ne la contente !! meme le pain du meilleur chef boulanger « mickael » que je connaisse, bah faut aller au supermarché maintenant !!! ou le faire vous même, sauf que ca demande un peu de métier.

  4. Landemaine… une blague, c’est une boulangerie chic, chère et franchement surfaite ! Rue de Clichy la baguette n’a rien de terrible, la tradition c’est une fois bien une fois moyen voir limite pour le prix… les patisseries sont bonnes mais rien d’exceptionnel… Le pire ce sont les sandwichs qui sont mous avec la garniture qui déborde de partout…

    Allez partout, goûtez et comparez !

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