La nature est merveilleuse : devant nous se joue la valse des saisons, avec pour chacune ses particularités, ses températures, ses lumières et son lot de transformations. Même si la différence entre chacune d’entre elles a malheureusement tendance à s’atténuer sous l’effet du changement climatique, le plaisir d’observer cette beauté reste intact.
Il y a dans cette nature une autre sorte de jungle que celle que l’on peut trouver sous certaines latitudes, peuplée d’une faune déployant quantité d’efforts pour se rendre détestable. Ces émanations purement humaines ont aussi leurs codes, leurs cycles… ce qui les rend souvent prévisible, même si on évalue assez mal la profondeur des abîmes.

Ainsi certaines professions font pousser des marronniers à certaines périodes. Chaque année, ils s’installent sur les mêmes terrains et trouvent leurs racines dans des événements identiques. Depuis l’été 2015 et la déréglementation des congés en boulangerie artisanale c’est la même rengaine : quelques journalistes s’emparent du sujet pour mettre en exergue une situation où il y aurait trop peu d’établissements ouverts en août, rendant l’approvisionnement en pain difficile pour les consommateurs.

J’avais eu l’occasion de m’exprimer sur le sujet lors de la première année d’application du texte visant à « simplifier la vie des entreprises ». Depuis, beaucoup d’artisans ont fait l’effort de se coordonner et il est plus rare de voir des quartiers entiers sans aucune boulangerie ouverte sur plusieurs jours. Des exceptions existent et existeront toujours, notamment dans des zones où la communication demeure parfois difficile entre boulangers, pour des raisons diverses. Cela justifie-t-il des articles et reportages tels que ceux de France 3, France Bleu ou de BFM TV ? Certainement pas, du moins à mon sens. Il faut bien intégrer plusieurs éléments : les boulangers et boulangères sont des hommes et des femmes comme les autres, avec des familles et un personnel ayant des envies similaires à celles des autres français. Dès lors, la période estivale et la baisse d’activité du mois d’août sont logiquement propices à des fermetures pour congés. Doit-on rappeler que ces commerces ont été parmi les rares à n’avoir aucunement fermé lors des confinements successifs, malgré les fortes incertitudes liées à la situation sanitaire, à plus forte raison dans les premiers mois de crise ? Comme l’expression consacrée sait si bien nous le rappeler, on parle rarement des trains qui arrivent à l’heure…

et on oublie de mentionner que les boulangeries sont loin d’être les seuls commerces fermés. Fleuristes, boucher, épiciers de quartier, réparateurs de vélo (j’en sais quelque chose après m’être cassé les dents et le nez ces derniers jours), … les trois premières semaines d’août ont de quoi devenir compliquées pour ceux qui restent. J’entends bien que l’essence même du métier est d’être profondément inscrit dans le quotidien de chacun, mais cette répétition annuelle d’un discours stigmatisant la profession me semble aussi lassante que déplacée. On y oppose la grande distribution et les chaines de boulangerie qui, elles, auraient le bon goût de rester ouvertes sans discontinuer, ce qui fait les affaires de quelques lobbyistes bien pensants, à la doctrine aussi passée que dépassée.

Bien sûr cela m’ennuie souvent, bien sûr j’aimerais pouvoir tout trouver tout le temps, bien sûr il faudrait que l’on soit chacun le centre du monde… ou peut-être serait-il temps de changer d’approche, et que même si des efforts pourront toujours être faits pour améliorer la coordination entre acteurs, finir par accepter le nécessaire repos de chacun… et ne plus voir pousser ces hideux marronniers.

Une réflexion au sujet de « Les congés d’été des boulangers, ou comment trouver une occasion facile pour critiquer l’artisanat »

  1. Pour rester à Paris en août, je peux témoigner qu’on s’en sort très bien sans baisser ses exigences.
    Je tourne entre la Boulangerie du Nil et le Chambelland qui restent tous deux ouverts tout l’été. Par contre, ça implique de se déplacer un peu.

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