Etre painrisien, j’aime à croire que c’est aussi une histoire de belles rencontres. J’en ai encore eu la preuve aujourd’hui en passant du temps avec Rodolphe Landemaine, qui m’a fait le plaisir d’accepter de me recevoir.

Au travers d’une discussion et d’une visite qui auront duré plus d’une heure et quart, j’ai pu découvrir un homme autant décontracté que sérieux, ayant une vision moderne du métier de boulanger, faisant de lui non seulement un excellent professionnel, mais également un chef d’entreprise d’envergure.

Envergure, développement, oui, mais toujours en gardant la tête froide et avec cette discrétion qui caractérise ce couple dont la réussite aurait pu faire grandir l’égo. Il n’en est rien. Au contraire, cette rareté médiatique est même volontaire, les Landemaine préférant proposer des produits de qualité au quotidien plutôt que grandir trop vite et communiquer à tout va. Ce n’est pas pour autant que les boutiques sont vides, bien au contraire : malgré la période estivale, la clientèle se pressait dans cette belle boulangerie de la rue de Clichy.
Parlons d’ailleurs un peu de l’endroit, qui représente la « vitrine » de l’entreprise. Entièrement rénovée, elle présente l’identité que Rodolphe Landemaine souhaite donner à ses boutiques à terme. Etant parti de rien, il construit peu à peu cet univers, au travers d’investissements successifs. Parmi ceux à venir, la rénovation de la dernière partie du laboratoire situé au sous-sol. Dans ce lieu où sont produits sandwiches, salades, pâtisseries et autres viennoiseries, plusieurs centaines de milliers d’euros auront été utilisés afin de parvenir à un résultat à la hauteur des exigences de qualité de cet artisan.

La qualité, c’est bien là sa marque de fabrique, et ce à tous les niveaux. Il me confiait regretter la trop grande uniformité des boulangeries, aussi bien à Paris qu’ailleurs. On y retrouve en effet des gammes assez similaires, souvent développées par les meuniers et non les boulangers. Aucune identité ne s’exprime au travers des produits, ni même de la boutique, dont le « concept » a souvent été acheté pré-conçu. Ici, à l’inverse, on retrouve bien la « griffe » Landemaine : de belles cuissons, des pains réalisés sur levain avec une petite pointe d’acidité, une gamme assez large mais sobre et maîtrisée. Cette identité se décline selon les quartiers : le but n’est pas de créer une chaîne sans âme comme il en existe déjà, mais au contraire de proposer des offres pertinentes, en ligne avec les attentes de la clientèle. Ainsi, dans la boulangerie de Voltaire, une large gamme de brioches est proposée en libre-service le week-end (près de 300 pièces sont ainsi vendues à chaque fois !), rue des Martyrs, les pains spéciaux sont à l’honneur au travers d’un éventail particulièrement large (les pains sportifs et aux fruits secs ont d’ailleurs « remplacé » la viennoiserie pour beaucoup de clients, ce qui est une excellente chose sur le plan nutritionnel !)…

Pour exister, il faut oser. C’est ainsi que M. Landemaine développe son affaire. Il s’est installé tout près de chez Arnaud Delmontel, prenant un pari risqué. Pour parvenir à le gagner, il a axé ses efforts sur le pain et a proposé des tarifs imbattables, avec une production en continu au fil de la journée (on y trouve ainsi des baguettes toujours chaudes et fraiches, fruit d’un procédé de fabrication différent des autres boutiques). Aujourd’hui, c’est un succès.

Au delà du produit, une vraie culture du service a été développée au sein de l’entreprise. C’est une réelle valeur ajoutée, car ce secteur est trop souvent oublié par chez nous, la clientèle étant parfois malmenée. Ce sens de l’accueil et du soin porté à la satisfaction client n’est pas étranger aux inspirations que tire l’entreprise du Japon. On retrouve en effet chez les Landemaine cette notion de travail bien fait, d’investissement au quotidien. Pour cela, une équipe soudée et dynamique est nécessaire, et c’est une des fiertés de Rodolphe Landemaine : avoir réussi à rassembler autour de lui 70 collaborateurs impliqués dans cette même dynamique. Parmi eux comptent 20 salariés japonais, qui apportent beaucoup à cet engagement collectif.

L’approche est réellement moderne, en proposant notamment une offre en adéquation avec les attentes des urbains actifs (salades, sandwiches) et surtout accessible. Le pain doit rester un produit de consommation courante, et pour cela les tarifs ne doivent pas connaître une inflation galopante. C’est loin d’être le cas ici, l’ensemble des produits étant proposés à des prix très modérés, d’autant plus au vu de la fraîcheur et de la qualité. Une belle histoire de partage, une histoire de boulangerie comme elle devrait l’être plus souvent. En effet, parvenir à maintenir ces valeurs et à les réaliser au quotidien sur 4 boutiques est un véritable challenge, et ce chef d’entreprise s’y consacre pleinement.

Ce que j’ai pu voir rue de Clichy m’a conforté dans l’idée que l’on a ici un bel exemple de la façon dont une entreprise doit se développer, c’est à dire dans le respect de la clientèle mais aussi des salariés. J’ai pu ressentir un vrai plaisir à faire grandir cette aventure, autant chez Rodolphe Landemaine que chez cette ouvrière japonaise présente au sein de l’entreprise depuis 3 jours, oeuvrant au fournil avec le sourire. Tout cela n’est pas froid, il y a une âme et on prend plaisir à y revenir, aussi bien pour emporter les produits que pour les déguster sur place, en profitant du « spectacle » offert par le fournil vitré, installé au fond de la boutique.

Tandis que nous discutions de la gamme des pains proposés au sein des boulangeries Landemaine, nous en sommes arrivés à parler du pain Irlandais à la Guinness, que j’avais mentionné dans mon article précédent. Là encore, l’inspiration japonaise n’est pas loin, puisqu’ils raffolent de son goût et que c’est un ouvrier japonais qui a présenté initialement la recette. Ainsi on retrouve dans les stocks de la boutique… des canettes de bière noire, qui sont mises en oeuvre dans la production. Une note amusante, qui résume bien l’entreprise : du sérieux, de l’ambition oui, mais aussi une ouverture d’esprit sur le monde et notre mode de vie contemporain.

Infos pratiques

4 boulangeries dans Paris : 26 rue des Martyrs – 75009 Paris (métro Notre Dame de Lorette, ligne 12), 56 rue de Clichy – 75009 Paris (métro Place de Clichy, lignes 2 et 13), 130 rue de la Roquette – 75011 Paris (métro Voltaire, ligne 9) et 136 rue de la Roquette – 75011 Paris.
Plus d’informations dans mon précédent billet : http://painrisien.com/boulangeries-landemaine-entre-france-et-japon/

 

7 réflexions au sujet de « Une visite chez Rodolphe Landemaine, rue de Clichy »

  1. Superbe article !
    Je découvre votre blog aujourd’hui et ai pris beaucoup de plaisir à le parcourir, mille mercis.
    Je suis déjà accro, mais je n’avais jamais vu (je regarderai tout à l’heure) les glaces dans mon 11ème arrondissement.
    Ce qui est terrible, c’est que tout, absolument tout est bon. On rentre pour une tradition ou une tourte de meule, on ressort avec des patisseries, des viennoiseries…
    Une boutique pousse au crime mais qu’est ce que je me régale depuis l’ouverture dans le 11ème !

    • Merci à vous pour votre commentaire ! Je ne sais pas si les glaces sont présentes dans toutes leurs boutiques, sûrement une question de place. Elles sont en tout cas présentes rue de Clichy. C’est vrai que dans tous les cas, on trouve beaucoup de bonnes et belles choses, et c’est bien agréable.

  2. Mon ancienne boulangerie, place Léon Blum/rue de la Roquette, qui était la seule intéressante du quartier, tenue par un vrai boulanger et vrai pâtissier, a été rachetée par la maison Landemaine. Le pain est devenu pathétiquement insignifiant, les brioches chocolat ou sucre n’en sont pas (c’est vaguement du pain au lait, mais pas de la pâte à brioche), les croissants sont miniatures, mais je reconnais que je n’ai pas essayé les gâteaux. Je n’y suis guère incité. Bien entendu, ils affichent la « récompense » Pudlo, ce qui est passablement mensonger, puisque si c’est le boulanger de la Roquette qui l’a obtenue, on peut se poser des questions ! Mais évidemment, c’en est un autre… Quant à l’accueil, il faut choisir son moment si l’on veut un sourire. Quand M. Pudlowski décerne une récompense, qu’il la réserve uniquement au magasin où il a dégusté le produit retenu. Bref, peut-être Landemaine, mais surtout l’insignifiance, en tous cas la place de Clichy que vous vantez. J’achête désormais mon pain dans le 13e, à côté de mon bureau. Triste…

    • L’ancienne boulangerie est pâtisserie était tenu par des vrai pâtissier et boulanger , pardonner moi mais question gâteaux c’était un-mangeable est le pain était dégueulasse…la clientèle laisse a désirer ac une folle qui chantonne on n’as pas la même vision d’une bonne pâtisserie de plus ce sont des vrai pâtissier et boulanger se ne sont pas des robot a se que je sache ( machine). les brioche il y en a plein si vous s’avez lire ( brioche a tête ,brioche,brioche praline…) les croissant sont a une taille normal . L’accueil est très bien , il nous conseille quand on leur pose des question . j’aime cette pâtisserie, c’est un plaisir de m’arrêter chaque matin un instant le pain est bon ainsi que les pâtisserie enfin de la bonne pâtisserie fine est leger . Vous vous permettez de critique que les bonne chose qui vous dépassent . cependant pour avoir ce que vous aimez parte en banlieue vous aurez le choix ! !

    • Bien d’accord avec vous sauf sur la qualité des produits plutôt dans la norme supérieure comparaison des objets boulangers non identifiés des terminaux de cuissons ! Là ou je suis 200% en accord avec vous, c’est le service plus que mauvais voir calamiteux. Caissière à la ramasse, qui tire la gueule 24/24, serveuses/serveurs recrutés sur l’incapacité à écouter les commandes clients ou encore devoir réclamer un sac après avoir laissé 24 euros sur la caisse !!! Bref un vrai service à la Française, ce M. Landemaine est un super communiquant et M. Pudlowski un bien bon client, aveugle et pigeon ? Quant à la prose de Cataleya, elle est aussi savoureuse que le service de la maison citée.

  3. J’appréciais les gateaux de cette maison jusqu’au début de cette semaine. En effet, les deux mille feuilles achetés près de 3 EUR Rue des martyrs ont été agrémentés de petits cafards encore en vie. je mettrai la photo sur le web asap.
    Nous avions découvert ces invités car curieux de l’aspect inhabituel des gateaux ce jour là (la cuisson de la pate feuilletée n’était pas parfaite, elle ressemblait plus à une plaque, et la garniture n’était pas mieux).
    Bon courage si vous appréciez. Même si ce sont des choses qui « arrivent », pour ma part, plus de RL. Boulanger prévenu par téléphone mais cela n’a pas semblé l’inquieter plus que cela. A bientot.

  4. Une soirée au Théâtre de l’Oeuvre et je me rends face au théâtre dans la boulangerie de la rue de Clichy. Je suis une habituée du Landemaine de la place Voltaire. Boulangerie mal tenue donnant une sensation de presque sale : fin de journée ? Les caissiers y manipulent avec la même dextérité (et les même mains sales) le pain et l’argent. Déception. Néanmoins, le pain de seigle ce soir là était toujours aussi bon et le pain cacao a eu du mal a traverser entier la rue de Clichy, sauvé par la sonnerie du théâtre.

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