Les réseaux sociaux sont des outils formidables. Chaque jour, ils nous amènent un lot de nouvelles quasi-continu, sans nous épargner de celles qui nous occupent inutilement l’esprit. J’avoue avoir pris, au fil du temps, beaucoup plus de distance avec certaines publications, débats et polémiques véhiculés par des individus ayant vraisemblablement une certaine dose de rancoeur à exprimer, laquelle pouvant beaucoup moins se répandre dans la « vraie vie » en raison des réactions immédiates, voire physiques, qu’elle susciterait. Cela ne m’empêche pas de grimper au plafond parfois, et d’avoir bien du mal à en redescendre.

Cette fois-ci, ce n’est même pas tant parce que je me sens touché personnellement par ces propos, publiés dans l’édito du magazine « Artisans », mais bien parce que l’on réduit des générations entières à bien peu de choses, comme si ces « jeunes » que nous sommes n’étaient que bercés par le confort et l’appât du gain facile.

Non, M. Glacier, nous ne sommes pas la génération pendule. Nous sommes aussi courageux, créatifs, parfois ambitieux, mais aussi et avant tout sensibles aux évolutions du monde qui nous entoure. Comme vous le mentionnez justement, notre relation au travail a évolué. Seulement, plutôt que de simplement le constater voire de le dénoncer, il me paraîtrait plus constructif de chercher à comprendre pourquoi.

Non, M. Glacier, nous ne sommes pas la génération pendule. Si les jeunes ont parfois perdu le goût du travail, c’est aussi parce que des professionnels, qu’ils soient enseignants, maîtres d’apprentissage ou chefs d’entreprise tel que vous, ont failli à leur transmettre. Plutôt que de leur donner une vision de métier riche de sens et de perspectives, ils ont découvert un horizon où seul le labeur -rarement récompensé, d’ailleurs- les attendait. Avez-vous consacré suffisamment de temps et d’énergie à la valorisation de l’humain au sein de votre entreprise ? Avez-vous cherché à construire un projet d’entreprise dans lequel ces fameux jeunes pourraient s’identifier ?

Cette exigence de sens est le fruit d’une époque où nous avons perdu nos illusions, où nous savons que nous travaillerons souvent beaucoup pour ne rien obtenir à la fin, ni argent ni repos. L’état de nos sociétés et de notre planète fait de notre génération, et sans doute des suivantes, des ensembles en perte de repères, où même cette notion d' »ensemble » devient distendue tant tout finit par nous opposer.

Non, M. Glacier, nous ne sommes pas la génération pendule. Votre métier est beau, comme celui de la boulangerie que je défends ici depuis près de 9 ans. Pour autant, cela ne justifie pas que les individus qui le choisissent s’y dévouent corps et âme, comme on a pu le penser par le passé. Au contraire, je pense que nous serons plus forts, créatifs et durables avec des individus complets, sensibles et ouverts sur l’environnement qui les entoure. Plutôt que de voir dans ces changements un problème, nous avons la responsabilité collective de construire de nouvelles façons d’agir. A nous de la saisir pleinement, car le temps court contre nous… et c’est bien le seul intérêt d’une pendule, pour le mesurer.

7 réflexions au sujet de « Non, M. Glacier, nous ne sommes pas la génération pendule »

  1. Bonjour ,
    Je comprend bien ton point de vue.
    Mais pour être au cœur de l’entreprenariat je confirme que les recrutements sont extrêmement difficiles.
    Un 35h avec 2 jours consécutifs et un salaire honnête ne suffit pas. Il faut encore tout mâcher et apprendre tout à des gens qui, la plupart du temps, non pas conscience de leurs lacunes.
    L’on dois maintenant motiver, par d’autre biais, les futurs salariés pour juste faire leur travail.
    Je peux estimer au maximum à 30% les personnes intéressées.
    C’est un constat de plus de 3 ans de recrutements.
    Énormément de professionnels le disent.
    A chacun son caractère et ses envies. Mais le faîte est là. Trouver du personnel qui fait correctement le travail pour lequel il est payé et de façon régulièrement reste compliqué.
    Merci à toi.

    • Bonjour Richard,
      Je comprends bien les difficultés de recrutement que tu peux connaître. C’est regrettable mais je pense que c’est tout un système et une façon de faire qui aboutissent à de tels résultats, et ce n’est certainement pas en stigmatisant les individus que l’on parviendra à en obtenir le meilleur.
      Belle journée,
      Rémi

  2. Il faut être lucide et constater que le rapport au travail a changé, mais peut on vraiment s en plaindre ?
    J ai 31 ans j ouvre prochainement ma troisième entreprise, et J ai décidé l année dernière de fermer ma boulangerie pâtisserie pour me consacrer à mes autres activités.
    J ai commencé à travailler dans l artisanat à 15ans, J ai ensuite eu l occasion de passer par la restauration, l hôtellerie et le traiteur. J ai été baigné dans cette culture du « il n y a pas d horaire, on termine quand le travail est fini ».
    Peut on vraiment à notre époque considérer que nos salariés sont à notre disposition que leurs vies ne doivent être consacré qu au travail quand dans encore bien des endroits les heures supplémentaires ne sont pas payés y compris chez les plus grand noms parisien…
    Suis je le seul à remarquer que dans notre beau métier les salariés font rarement une carrière complète ?
    Quel est le ratio de personne de plus de 35ans dans vos équipes ?
    Pensez vous que toutes ces personnes manquant à l appel sont désormais toute à leur propre compte ?
    Pour ma part je pense plutôt que le rythme imposé nous fait perdre bien du monde en chemin et que nous artisans n’avons pas eu le bénéfice de cours RH ou commercial assez poussés pour comprendre complètement l’importance de l integration d un vrai projet de carrière au sein de nos professions.
    Et de ce fait des éditos de ce genre apparaissent….

    Par ailleurs il serait aussi intéressant d aborder la montée en gamme et en technique de la pâtisserie ces 10 dernières années qui exige toujours plus de competences et de coûts. (payer via plus de main d œuvre ou des heures supp dans les meilleurs des cas…)

    • Bonjour Thierry,
      Merci pour votre commentaire et le témoignage de votre expérience. Les questions que vous soulevez ont beaucoup de sens, et notamment sur le fait que nous perdons beaucoup de professionnels au cours de leur carrière. C’est effectivement en faisant évoluer les mentalités et en intégrant la notion de carrière que nous parviendrons à plus de durabilité… tout en étant prêt à proposer des rémunérations adaptées.
      Belle journée,
      Rémi

  3. Bonjour
    Je suis assez surpris de votre critique envers l’article d’un artisan et qui défend la valeur de notre métier
    Pour répondre à votre article assez calamiteux
    J’ai eu la chance d’apprendre au côté de grand chef pâtissier dont monsieur stephane glacier
    Et oui je parle de chance car la chance cela se procure et non s’attend
    J’ai eu la chance d’apprendre les bon geste et les vrais valeurs de mon métier avec une personne dès plus professionnel et dès plus formateur qu’il soit
    Vous êtes sans cesse entrain de critiquer des artisans mais vous encenser de grand nom ou vous serrez dessus si vous passiez derrière la porte de la boutique
    Je suis installé depuis 3 ans et je n’avais que 27 ans comme quoi quand on veut on peut
    Je suis fils de boulanger et depuis mon enfance je nai jamais vu un ouvrier de mes parents faire 35h semaine
    Je n’ai jamais vu un ouvrier qui travail dans n’importe quel métier artisanal faire 35h
    Les métiers de bouches sont des métiers de passion et non de garage
    On ne peut apprendre et se remettre en cause en 35h
    Pour savoir travailler il faut apprendre et faire des heures pour s’entraîner et se perfectionner
    J’ai 10 employés…10 employés passionnés par leur travail…10 employés qui ne regarde pas la pendules parce qu’il aime se qu’ils font et non forcément leur salaire
    Un salaire ça se mérite selon l’expérience et la qualité du travail et non d’un diplôme
    La plus part de mes confrères galère à trouver du personnel soit parce qu’il faut commencer tôt soit parce qu’il n’y a quun jour de congé soit Parceque le salaire ne leur convient pas
    Je le dis et le redis un salaire ça se mérite on ne peut pas sortir de cap en prétendant vouloir toucher 2000€
    Les écoles on vas arrêter de leur vendre le 35h
    35h c’est possible c’est possible dans les chaînes ou chez de faux artisans comme il y en a beaucoup sur paris monsieur qui vous vendent les mêmes qu’à carrefour
    Alors arrêtez de critiquer car tout artisan digne de se nom se sent compris et écouter par cet édito !

    • Bonjour Julien,
      Navré de ne pas partager la même vision des « valeurs » du métier, dans lequel l’humain est une ressource à valoriser et non à broyer comme c’est encore trop souvent le cas aujourd’hui. Je regrette votre lecture très partielle du travail développé ici, qui défend une certaine idée de la boulangerie artisanale, à la fois moderne et durable, où l’artisan indépendant a toute sa place… loin des grands noms et entrepreneurs.
      Belle journée,
      Rémi

  4. La façon dont l’humain est traité dans le milieu des métiers de bouche ne devrait en aucun cas être vanté. Les boulangeries qui se plaignent d’un turnover constant ou qui ne comprennent pas pourquoi les gens ne restent pas quand on les payent 1500€ pour 42h hebdomadaire sans pause sont des personnes qui n’ont absolument rien compris de la gestion d’une équipe. Ils reproduisent simplement le schéma qu’eux même ont dû suivre et qu’ils ont fini par accepter et qu’ils répètent maintenant. De la même façon qu’on trouve dans l’anamnèse d’un parent violent avec son enfant des épisodes de violence de ses parents sur lui.
    Une hiérarchie qui se sert de l’humiliation et/ou de la peur sous couvert d’un apprentissage « ancienne école » et qui prône de ne pas compter ses heures et d’accepter d’être payer une misère ce n’est juste plus pertinent. Être à son compte et le faire c’est une chose mais ne demandez pas à vos employés le même sacrifice. Il n’y a aucune médaille à l’arrivée.

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