Nous sommes envahis par les publicités : bus, abris, murs, écrans… ces différents supports sont recouverts de messages visant à nous faire consommer ou à promouvoir des entreprises poursuivant des buts généralement commerciaux. Parfois, ce sont des messages plus « institutionnels » qui sont déployés, et le consommateur lambda est ainsi pris dans un échiquier bien étrange où évoluent financiers, industriels ou encore institutions… Pourtant, il serait bien difficile d’en vouloir à ceux qui font le choix de se lancer dans cette « course » médiatique, l’essentiel étant de se battre avec les mêmes armes que les autres.

Campagne "Coucou, tu as pris le pain ?"

Si vous êtes parisien, vous avez difficilement pu la rater. Je veux parler de la campagne de publicité mise en place par l’Observatoire du Pain sur les panneaux d’affichage, abri-bus et autres supports muraux présents dans notre capitale et sa banlieue. Cette dernière a d’ailleurs été reprise par certains artisans, au travers d’affiches ou de sacs à baguette. La question est simple : « Coucou, as-tu pris le pain ? ». Au travers de cette interrogation, c’est une réflexion beaucoup plus profonde qu’il convient de mener afin de comprendre ce qui peut mener cette organisation à mettre en place un tel dispositif de communication.

A la base, le constat est là, implacable et irréfutable : les français consomment de moins en moins de pain. Peu importe les chiffres exacts, le fait est que les clients se font plus rares dans les boulangeries, tout du moins pour acheter ce fameux produit constituant jadis la base de notre alimentation. Changements dans notre alimentation, dans notre mode de vie, … le pain ne serait donc plus « tendance » et on lui préfèrerait des repas composés où il n’aurait, de fait, plus sa place.

Bien sûr, ce n’est pas complètement faux. Les nouvelles générations, dont je fais partie, ont tendance à perdre ce rapport « fort » que pouvaient avoir nos ancêtres avec le pain. On a également tendance à l’apprécier plus moelleux et sucré, à l’image de celui proposé dans les burgers ou autres produits de type pain de mie. Les régimes ont également contribué à faire de cet aliment un ennemi de notre ligne, alors que les faits tendraient plutôt à prouver le contraire. Les légendes urbaines ont la vie dure !
Face à ce désamour, rassurons-nous : les hautes instances de la boulangerie ont bien conscience du problème. Au travers de cette fameuse campagne, elles agissent même. Pour autant, est-ce la bonne manière de répondre ?

Dans le Parisien daté du 26 juin, un article bien téléguidé au sujet de la fameuse campagne et du désamour pour le pain... Il y est question d'une baguette proposée "en moyenne à 86 centimes", or c'est à mon sens l'un des noeuds du problème : ce produit n'est vraiment pas à l'honneur de nos boulangers, dans la plupart des cas.

Dans le Parisien daté du 26 juin, un article bien téléguidé au sujet de la fameuse campagne et du désamour pour le pain… Il y est question d’une baguette proposée « en moyenne à 86 centimes », or c’est à mon sens l’un des noeuds du problème : ce produit n’est vraiment pas à l’honneur de nos boulangers, dans la plupart des cas.

Je n’en suis pas franchement convaincu. Il faut bien voir qu’un tel déversement de communication multi-supports présente un coût élevé, et que cet argent pourrait être consacré à agir de façon beaucoup plus concrète. Si les consommateurs se détournent du pain, ce n’est pas sans raison : il est souvent vu comme un produit cher, d’une qualité moyenne. Difficile de dire le contraire : peut-on vraiment considérer que l’on en a pour son argent avec une baguette blanche à plus de 85 centimes, laquelle ne présente souvent aucune saveur et se conserve très mal ? Face à cela, les industriels et terminaux de cuisson savent proposer des offres attractives, pratiques et nature quasi-comparable. De plus, les récentes sorties faites sur les viennoiseries et pâtisseries surgelées n’ont rien fait pour arranger les choses : le consommateur devient méfiant, si l’artisan est capable de lui mentir de cette façon, pourquoi faire un effort et continuer à entretenir cette relation de longue date ? Le couple bat de l’aile, la procédure de divorce n’est pas loin.

Il ne s’agit pas de tirer sur l’ambulance et de se payer à bon compte une démarche visant à inciter les consommateurs à prendre le temps de faire un crochet par leur boulangerie. Cependant, si l’on veut parvenir à les fidéliser de nouveau, ce sont des efforts de long terme qui sont à mener : aussi bien pour aujourd’hui – en incitant les boulangers à adopter des méthodes de fabrication aboutissant à un produit plus qualitatif (emploi de matières premières de bonne qualité, longues fermentations, travail sur levain…) – que pour demain, en mettant l’accent sur la formation d’artisans passionnés du goût… et des autres. Sur ces terrains, je pense que des organismes tels que la confédération ont un rôle essentiel à jouer. En sont-ils seulement capables ?

8 réflexions au sujet de « L’Observatoire du Pain nous offre un pain… de campagne »

  1. Il faudrait surtout rééduquer les consommateurs au goût du bon pain…et leur apprendre à différencier les sortes de pain. Ensuite, il faudrait proposer au moins un pain à un coût raisonnable pour qu’ils en achètent régulièrement. Si la baguette à 1 euro semble trop chère pour certains (ce que je peux comprendre), alors mieux vaut acheter un bon pain de campagne, de mie, ou autres qui font 250 à 750 gr et qui sont en fait de très bon rapport qualité-prix pour peu que le boulanger fasse bien son boulot.

  2. Les meuniers on bien fait leurs travaillent et les boulangers tombés dans le panneau sont en partis responsable de la qualité médiocre des produits uniformisés en boulangerie artisanale, un consommateur ne voit plus la différence entre un produit « artisanale » et un produit de la grande distribution.

  3. « tout du moins pour acheter ce fameux produit constituant jadis la base de notre alimentation » bon Rémy il faudrait également vivre avec son siècle, car cette phrase ne veut absolument rien dire de nos jours et ça devient un peu lourd à la longue de lire toujours les même idées « scolaire », en plus je trouve cela légèrement insultant, à cette époque où les paysans n’avaient rien d’autres à manger pratiquement.
    A la veille de la révolution française, le pain constitue la base de la nourriture : un pain de 4 livres se vend 12,5 sous à Paris, le salaire moyen d’un ouvrier étant de 20 sous.

    • Cher Hervé,
      Tout va bien, vous n’avez pas besoin d’un défouloir ? Bref, passons. Pour information, mon prénom n’a pas changé, c’est toujours Rémi.
      Insultant, non, vraiment pas. Je persiste à penser que le pain demeure un produit plus que sain -quand il est bien fait- et qu’il devrait demeurer l’une des bases de notre alimentation. Nous ne sommes plus des paysans, certes, mais ce n’est pas pour autant que nous n’avons rien à en apprendre.
      Merci pour le rappel historique, très utile.

  4. Il me semble que les boulangers/pâtissiers devraient se réunir pour proposer de nouvelles manières de s’organiser à la fabrication et à la vente, pour s’adapter aux exigences nouvelles et ne pas passer pour des ringards.
    Par exemple: mutualiser les moyens, proposer une restauration de midi plus élaborée (y en marre du jambon beurre et de la quiche à l’épaule/faux emmental et des fausses salades) avec des produits dérivés, du bon café, des tables, etc, pourquoi pas une vitrine de bons fromages, des ouvertures le soir et surtout une communication sur la production (ateliers, présentation du meunier etc), changer le look vieillot des boutiques, etc
    Il y a déjà des boulangeries qui ont commencé ce reversement. Sinon, ils vont se faire bouffer par les cantines qui fleurissent dans les villes.
    Et informer les vendeurs, parce que là c’est une catastrophe…

    • Certains meuniers s’engagent dans cette élévation du niveau, justement, et je pense qu’ils ont bien raison de le faire car ce sont sans doute les mieux placés pour le faire : ils sont aujourd’hui le premier interlocuteur des artisans boulangers. N’attendons pas grand chose des « hautes instances », par contre. Pour les fromages, les ouvertures le soir, n’allons pas trop loin dans un premier temps 😉 il y a déjà beaucoup à faire sur le produit de base…

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