Certaines boutiques ont une histoire. Parfois, c’est visible Ă  leur façade, classĂ©e ou conservĂ©e au fil du temps et des propriĂ©taires. Pour d’autres, c’est un peu plus subtil, il faut se replonger dans les diffĂ©rents guides et autres annuaires qui rĂ©fĂ©rençaient l’adresse Ă  l’Ă©poque, chercher des Ă©vocations du lieu. Il peut très bien changer complètement d’orientation et d’aspect, Ă©galement. Ce qui est plus intĂ©ressant, c’est quand l’activitĂ© garde un caractère similaire.

Au 11 rue Poncelet, l’histoire s’Ă©crit Ă  l’Est. En effet, c’est ici que se tenait le StĂĽbli, il y a quelques annĂ©es. Cette institution parisienne proposait des saveurs typiquement allemandes et inscrites dans la culture de l’Est, avec un salon de thĂ© Ă  l’Ă©tage. La boutique avait par la suite Ă©tĂ© reprise par VĂ©ronique Mauclerc, qui l’avait renommĂ©e en « La Pâtisserie par VĂ©ronique Mauclerc », tout en gardant cette tradition. Malheureusement, le succès escomptĂ© n’Ă©tait pas au rendez-vous, la plupart des habituĂ©s de l’endroit semblant avoir Ă©tĂ© déçus par ce changement de propriĂ©taire et de style, ce qui a entrainĂ© une liquidation judiciaire et une fermeture de cette pâtisserie-salon de thĂ©. L’histoire aurait pu s’arrĂŞter lĂ , et la boutique aurait Ă©tĂ© transformĂ©e en un magasin de chaussures ou je ne sais quoi d’autre. Ce ne fut pas le cas, et après plusieurs mois d’interruption, l’activitĂ© a repris… Ă  l’Est, comme avant.

Le nouveau nom ? Kaffeehaus. La couleur est annoncĂ©e d’emblĂ©e, et c’est effectivement une pâtisserie et un salon de thĂ© aux accents bien allemands que l’on retrouve. Dès la vitrine, les tartes variĂ©es et gâteaux au fromage blanc attirent le regard et nous transportent dans les terres de cette gastronomie assez riche et gĂ©nĂ©reuse. En entrant, on pourrait presque s’attendre Ă  ĂŞtre accueillis en Allemand, mais il n’en est fort heureusement rien.
Le propriĂ©taire des lieux n’en est pas Ă  son coup d’essai en matière d’offre gourmande Ă  Paris, puisqu’il s’agit de Ralf Edeler, crĂ©ateur avec sa femme Laurence de la pâtisserie Lecureuil, installĂ©e non loin de lĂ  au 96 rue de LĂ©vis. On retrouve d’ailleurs une sĂ©lection des produits de cette première adresse au sein de l’offre dĂ©veloppĂ©e par Kaffeehaus.

Le choix a de quoi faire tourner la tĂŞte, tant il est vaste, aussi bien en sucrĂ© qu’en salĂ©. Peut-ĂŞtre un peu trop, d’ailleurs, car il me paraĂ®t difficile d’assurer la fraicheur de l’ensemble des produits dès lors que l’on possède autant de « rĂ©fĂ©rences » dans sa boutique.
Sachertorte (chocolat-framboise), linzertorte (sablĂ© Ă  la cannelle et marmelade de framboise) strudels variĂ©s (aux pommes et aux griottes), forĂŞts noires, Palatinat aux fruits ou nature, roulĂ©s au pavot, cakes… rien ne manque pour les becs sucrĂ©s, et les gourmandises sont conformes aux « standards » allemands, aussi bien en volume qu’en terme de prĂ©sentation. Tout cela est très gourmand, et ne manquera pas de satisfaire les plus gros appĂ©tits.
CĂ´tĂ© salĂ©, les dĂ©clinaisons de pirojkis (chaussons fourrĂ©s), les bretzels … peuvent tout Ă  fait s’emporter, tandis que des plats chauds sont proposĂ©s Ă  l’Ă©tage, afin d’ĂŞtre consommĂ©s sur place. C’est lĂ  toute la force du lieu : permettre Ă  la clientèle d’emporter un peu de cet univers chez eux, ou bien s’immerger entièrement dedans en dĂ©gustant Ă  l’Ă©tage.

Le plus intĂ©ressant pour nous painrisiens est certainement localisĂ© du cĂ´tĂ© de la gamme de pains, typiques ce que l’on peut trouver en Allemagne. Bien sĂ»r, le pain noir (vollkornbrot) est prĂ©sent, comme on aurait pu s’y attendre, mais il est accompagnĂ© par des produits plutĂ´t Ă©tonnants, comme un pain au cacao et aux Ă©pices, un autre intĂ©grant des cĂ©rĂ©ales et de la pomme de terre Ă©crasĂ©e, ou encore divers pains riches en graines variĂ©es (courge, tournesol…) ainsi qu’en plantes (citons le Kummelbrot, un pain au cumin). La plupart des crĂ©ations sont vendues au poids, et mĂŞme si les prix sont Ă©levĂ©s, le dĂ©paysement en vaut la peine. Bien sĂ»r, il ne faut pas s’attendre Ă  des produits levĂ©s, les mies sont très denses, l’ensemble est nourrissant. Cela ne manque toutefois pas d’intĂ©rĂŞt, on trouve des saveurs originales et des textures auxquelles nous ne sommes pas habituĂ©s au travers de nos pains alvĂ©olĂ©s et levĂ©s.

Des gourmandises & chocolats

L’accueil est parfois un peu irrĂ©gulier, toujours de bonne volontĂ© mais ne maĂ®trisant pas parfaitement les produits proposĂ©s en boutique. Les jeunes gens qui assurent le service parviennent cependant Ă  offrir une certaine efficacitĂ© et un vrai respect du client.

Infos pratiques

11 rue Poncelet – 75017 Paris (mĂ©tro Ternes, ligne 2) / tĂ©l : 01 42 67 07 19

Avis résumé

Pain ? On trouve ici des pains rĂ©ellement typĂ©s « à l’Est » : pain noir, pain Ă  la pomme de terre Ă©crasĂ©e et aux cĂ©rĂ©ales, pain au cacao et Ă©pices, pain au cumin… Au programme, des mies denses, des croĂ»tes parfois presque croquantes et des saveurs caractĂ©ristiques. DĂ©paysement garanti, mĂŞme si les prix ont tendance Ă  nous faire revenir chez nous rapidement. La plupart des pains sont vendus au poids, cependant, ce qui permet de limiter les quantitĂ©s.
Accueil ? Généralement agréable et de bonne volonté. Même si les produits ne sont pas toujours maîtrisés à la perfection, des efforts de renseignement sont faits et parviennent à donner à ce lieu un caractère agréable et accueillant.
Le reste ? Les amateurs de gourmandises et saveurs de l’Est seront servis.  Sachertorte, linzertorte, strudels variĂ©s (aux pommes et aux griottes), forĂŞts noires, Palatinat aux fruits ou nature, roulĂ©s au pavot, cakes, pirojkis, bretzels, goulasch, … Rien ne manque Ă  l’appel, avec gĂ©nĂ©rositĂ© et dans une rĂ©alisation plutĂ´t soignĂ©e. Le seul problème pourrait ĂŞtre, Ă  mon sens, qu’un tel choix ne permette pas d’assurer la fraĂ®cheur de l’ensemble des gammes.

Faut-il y aller ? Pour ĂŞtre dĂ©paysĂ©, plonger dans cet univers très germanique l’espace de quelques instants (ou bien plus, en s’installant au salon de thĂ© Ă  l’Ă©tage), c’est le lieu rĂŞvĂ©. Le mythe du StĂĽbli renaĂ®t de ses cendres, et Ralf Edeler se montre tout Ă  fait Ă  la hauteur de la rĂ©putation passĂ©e de cet Ă©tablissement. De plus, le cadre a Ă©tĂ© modernisĂ© et, associĂ© Ă  l’accueil plutĂ´t avenant, parvient Ă  faire de cet endroit un incontournable pour les amateurs de cette gastronomie gĂ©nĂ©reuse.

En matière d’alimentation, il ne faut pas ĂŞtre intĂ©griste et privilĂ©gier avant tout le goĂ»t des choses plutĂ´t que de s’enfermer dans des dogmes et des labels qui ne sont pas toujours synonymes de qualitĂ©. Vous l’aurez notĂ©, je ne suis pas particulièrement adepte du pain biologique, pour autant je pense que cette agriculture n’est pas dĂ©nuĂ©e d’intĂ©rĂŞt, car elle tente de limiter les dĂ©rives productivistes auxquelles nous nous Ă©tions laissĂ©s aller ces dernières annĂ©es. De plus, il faut reconnaĂ®tre que la diffĂ©rence en terme de saveurs entre conventionnel et biologique est parfois assez remarquable, tout comme la liste d’ingrĂ©dients mis en oeuvre…

Bien sĂ»r, on peut faire le choix d’acheter des produits biologiques au travers des rĂ©seaux habituels. La grande distribution a bien compris la tendance et a dĂ©veloppĂ© ses gammes de produits. Vous savez, le Bio Ă  1 euro… Seulement, il ne vaut mieux pas ĂŞtre trop regardant sur la provenance des matières premières, ni sur le lieu de transformation du produit. Quel intĂ©rĂŞt d’acheter biologique si cela ne revĂŞt pas Ă©galement une dimension sociale et locale ? A l’inverse, des acteurs spĂ©cialisĂ©s dans la distribution de tels produits s’engagent rĂ©ellement. C’est le cas des magasins Le Retour Ă  la Terre, affiliĂ©s au rĂ©seau Biocoop.
Leur fondatrice, Catherine Chalom, a tout d’abord Ă©tĂ© une passionnĂ©e d’Ă©cologie, d’apiculture et des dĂ©marches dĂ©veloppĂ©es dans l’univers associatif, en parallèle d’une carrière de 25 ans en tant que cadre dans divers grands groupes internationaux. Elle a souhaitĂ© aller plus loin en crĂ©ant Le Retour Ă  la Terre, et en convertissant la production du verger familial Ă  l’agriculture Biologique. C’est ainsi qu’en 2008 le magasin Rive Droite, situĂ© dans le 11è arrondissement, Ă©tait inaugurĂ©. Un bel exemple de reconversion pour cette entrepreneuse, mais Ă©galement pour le lieu, qui Ă©tait auparavant… une station service ! L’histoire donne parfois lieu Ă  des pieds de nez amusants.

Ces magasins ne se contentent pas d’ĂŞtre de simples « supermarchĂ©s biologiques », ils dĂ©passent ce simple cadre pour devenir des lieux d’Ă©change et de dĂ©couverte autour de cette dĂ©marche labellisĂ©e. Rencontre avec des fabricants, des producteurs, dĂ©gustations, dĂ©dicaces… Divers Ă©vĂ©nements sont organisĂ©s au fil de l’annĂ©e pour partager directement l’engagement de toute cette filière.

Des détails : les marches décorées

Au quotidien, ce qui est certainement le plus remarquable, c’est l’attention portĂ©e Ă  la qualitĂ© de l’amĂ©nagement des boutiques, rĂ©alisĂ©es avec des matĂ©riaux nobles (beaucoup de bois pour les rayonnages, notamment) et mis en lumière de façon douce et agrĂ©able. Le magasin Rive Gauche – ouvert dĂ©but novembre 2011, dont je souhaitais vous parler aujourd’hui, est Ă  mon sens un bel exemple de ce que devraient ĂŞtre l’ensemble des « magasins Bio ». On s’y sent tout simplement bien, sous cette magnifique verrière qui inonde la surface de vente d’une agrĂ©able lumière naturelle. L’accueil est aussi charmant que bien renseignĂ©, les employĂ©s sont impliquĂ©s dans la dĂ©marche de l’entreprise qui ne s’arrĂŞte pas Ă  quelques idĂ©aux couchĂ©s sur le papier. En effet, les produits ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©s avec soin. On trouve ainsi un bel Ă©tal de fruits et lĂ©gumes, respectant la saisonnalitĂ© des variĂ©tĂ©s et mettant en avant des espèces oubliĂ©es. Persil tubĂ©reux, chou de Lorient, pommes variĂ©es… Selon les arrivages, certains viennent mĂŞme du verger normand de Catherine Chalom, une chose suffisamment rare pour ĂŞtre signalĂ©e.

Une partie de la gamme traiteur

Les autres rayons ne sont pas en reste, avec une offre traiteur diversifiĂ©e et plutĂ´t qualitative (fromages, jambons, …), une offre de pains ne se limitant pas aux boulangers quasi-industriels qui fournissent la plupart des magasins Bio d’Ile-de-France (on trouve notamment des pains de l’Autre Boulange et mĂŞme de la ConquĂŞte du Pain !), une belle sĂ©lection de thĂ©s (dont certains sont proposĂ©s en vrac), des Ă©pices, des confitures… en plus des produits du quotidien. Lorsque l’on compare avec l’offre d’un magasin Naturalia, par exemple, cela n’a pas grand chose Ă  voir… et ce n’est mĂŞme pas plus cher.
Pour les plus fidèles, un programme de fidĂ©litĂ© est disponible, permettant l’obtention d’une remise au bout d’un certain volume d’achat mensuel.
On notera Ă©galement l’espace dĂ©diĂ© aux produits de beautĂ© et santĂ©, animĂ© par des conseillères spĂ©cialisĂ©es, ce qui est bien agrĂ©able lorsque l’on souhaite se soigner en faisant appel Ă  des produits naturels.

L'offre snacking

En plein coeur de ce quartier plutĂ´t Ă©tudiant mais nĂ©anmoins assez aisĂ©, l’emplacement a Ă©tĂ© très bien choisi : le midi, les Ă©tudiants et travailleurs du secteur peuvent venir se ravitailler, notamment grâce Ă  l’offre snacking et traiteur, tandis que la soirĂ©e sera plutĂ´t propice Ă  des achats plus consĂ©quents.

Je ne peux donc que vous inviter Ă  faire un tour dans ce jardin biologique, Ă  deux pas du Luxembourg, et ainsi allier gourmandise (puisque l’on retrouve Ă©normĂ©ment de produits gourmands dans ces lieux) et respect de la planète.

Infos pratiques

1, rue Le Goff – 12, rue Malebranche – 75005 Paris (RER Luxembourg (ligne B) ou MĂ©tro Cluny la Sorbonne ou OdĂ©on (ligne 10)) / tĂ©l : 01 56 81 10 37
ouvert du lundi au samedi de 10h Ă  20h, nocturne le jeudi jusqu’Ă  21h.

Site internet : http://www.leretouralaterre.fr

Les intolĂ©rances alimentaires sont toujours difficiles Ă  vivre pour ceux qui les subissent. Privations, contraintes dès lors que l’on doit manger Ă  l’extĂ©rieur, et surtout terrible sentiment d’injustice, puisque cela est tombĂ© sur eux sans qu’ils ne demandent rien Ă  personne. Elles sont malheureusement de plus en plus frĂ©quentes, avec l’apparition de nombreuses allergies et pathologies jusqu’alors ignorĂ©es. Ainsi, les gammes dĂ©diĂ©es Ă  ce public dans la distribution se sont grandement Ă©largies ces dernières annĂ©es.

Pour autant, il restait difficile pour les gourmands de trouver des pâtisseries fraĂ®ches pour les intolĂ©rants au gluten. Le gluten est en effet prĂ©sent dans la plupart des farines, dont celle de blĂ©, utilisĂ©e en gĂ©nĂ©ral pour la rĂ©alisation des pâtisseries. Il ne leur restait que les macarons et quelques produits Ă  base de chocolat ou d’amande… Ce qui finissait  rapidement par faire bien peu, et Ă  provoquer beaucoup d’ennui.
Or, la gourmandise est justement un univers oĂą l’on devrait bannir l’ennui. C’est ce qu’on bien compris les crĂ©ateurs d’Helmut Newcake, un jeune salon de thĂ© installĂ© rue Bichat, dans le 10è arrondissement. Les sympathiques Marie et François oeuvrent depuis fin dĂ©cembre dans cet espace amĂ©nagĂ© avec goĂ»t et ornĂ© d’une bien belle verrière, oĂą il sera certainement bien agrĂ©able de passer du temps au printemps et en Ă©tĂ©.

Dans le couple, c’est Madame la chef, et son passage en tant que pâtissière chez LenĂ´tre lui a permis d’asseoir les compĂ©tences qui lui permettent aujourd’hui de proposer une gamme sucrĂ©e adaptĂ©e aux allergiques. Une vraie chance pour eux, car il leur Ă©tait jusqu’alors bien difficile de dĂ©guster des religieuses, tartes au citron meringuĂ©es, choux ou autres cheesecakes proposĂ©s ici. Le secret ? Utiliser des farines de châtaigne, de riz, ou encore de quinoa, exemptes de gluten. Il est Ă©galement possible de commander des produits sans lactose.
A cĂ´tĂ© de l’offre sucrĂ©e, divers plats du jour sont proposĂ©s, obĂ©issant toujours Ă  la règle imposĂ©e chez Helmut Newcake, l’absence de gluten. Ainsi se succèdent des crĂ©ations originales, telles qu’un risotto d’asperges et bouillon de lĂ©gumes, poulet et nouilles de riz Ă  la citrouille, un wrap chaud de poulet, salade, tomates, sauce au yaourt et menthe ou encore du Cabillaud, accompagnĂ© d’une compotĂ©e de tomates et pommes de terre charlotte tournĂ©es au beurre… C’est simple, frais et plutĂ´t bien vu.

On notera Ă©galement la prĂ©sence d’une sĂ©lection d’Ă©picerie fine, avec des produits plutĂ´t rares et difficiles Ă  trouver en France, dont certains sont importĂ©s tout spĂ©cialement pour l’endroit. ThĂ©s, cĂ©rĂ©ales… un assortiment idĂ©al pour prolonger la gourmandise chez soi, sans risque d’allergie.

La force de cette petite entreprise est très certainement son dynamisme et sa volontĂ© de satisfaire les gourmands « sans gluten », habituellement contraints Ă  un rĂ©gime plutĂ´t morose, mĂŞme si cela a tendance Ă  s’amĂ©liorer. Bien sĂ»r, il serait difficile de prĂ©tendre proposer des produits au visuel irrĂ©prochable – difficile de rĂ©aliser une belle pâte Ă  chou avec des farines sans gluten ! – mais l’essentiel se situe du cĂ´tĂ© des saveurs, qui sont prĂ©sentes comme elles doivent l’ĂŞtre. Les prix sont, de plus, tout Ă  fait raisonnables.

Un brunch sera proposĂ© Ă  compter de dĂ©but FĂ©vrier, une initiative intelligente, compte tenu que ce plaisir du week-end n’Ă©tait jusqu’alors que peu accessible Ă  cette population. Ouvrir des perspectives de plaisir, voici une bien belle tâche !
Terminons sur l’accueil, tout Ă  fait charmant, le couple a en effet Ă  coeur de partager son univers et Ă  participer Ă  l' »épanouissement gourmand » de ce public assez particulier, bien que tout le monde soit invitĂ© Ă  leur table. Signe qui ne trompe pas, leur adresse a rapidement fait parler d’elle chez les « influenceurs » de la gastronomie parisienne, en plus de quelques parutions presse.

Infos pratiques

36 rue Bichat – 75010 Paris (mĂ©tro Goncourt, ligne 11) / tĂ©l : 09 82 59 00 39
ouvert du mardi au samedi de 12h Ă  21h, le dimanche de 10h Ă  18h.

Faut-il y aller ? Si l’on est intolĂ©rant au gluten et gourmand, bien sĂ»r, c’est un incontournable. Si ce n’est pas le cas, on peut très bien se laisser tenter par les produits proposĂ©s ici, que ce soit pour les plats du jour ou mĂŞme les pâtisseries, d’autant que le cadre et l’accueil sont fort sympathiques. VĂ©ritable coup de coeur pour la verrière, puits de lumière bien rare dans nos Ă©tablissements parisiens.

En matière de salon de thĂ© parisien, on peut distinguer plusieurs styles et plusieurs Ă©poques. Il y a du classique « façon grand-mère », un peu embuĂ©s dans un caractère surannĂ© et hors de temps, d’autres assez traditionnels mais teintĂ©s d’un semblant de modernitĂ©, façon annĂ©es 80, mais aussi des endroits plus modernes, parmi les derniers nĂ©s gĂ©nĂ©ralement.

Dans le 16è arrondissement, ces derniers n’ont pas vraiment le droit de citĂ©, mis Ă  part peut-ĂŞtre celui de la Pâtisserie des RĂŞves, et il faut se contenter de maisons assez traditionalistes, empruntant souvent un peu du mauvais goĂ»t de l’Ă©poque tout en restant inscrit dans le passĂ©. A mon sens, c’est tout Ă  fait le cas de Carton, dont je souhaitais traiter aujourd’hui.
Sur l’avenue Victor Hugo, deux boulangeries-salon de thĂ© tiennent la place et se partagent la clientèle, Ă  quelques mètres l’une de l’autre. J’ai dĂ©jĂ  eu l’occasion de parler de BĂ©chu, quoi de plus normal que de s’intĂ©resser Ă  son confrère. VoilĂ  un bien curieux nom pour un tel lieu, de prime abord. En rĂ©alitĂ©, il le tient tout simplement du patronyme de ses propriĂ©taires… la famille Carton.

Dans ce dĂ©cor un peu dĂ©passĂ©, de larges gammes sont proposĂ©es Ă  la clientèle, et ce dès l’entrĂ©e avec une proposition traiteur assez vaste, allant de la quiche Ă  la salade, en passant par les pizzas ou les petits fours. L’ensemble est propre et frais, c’est certainement le principal, mais l’inverse serait plutĂ´t inacceptable au vu des prix pratiquĂ©s. Cependant, des formules sont proposĂ©es, ce qui peut aider Ă  faire passer l’addition avec plus de douceur.
En parlant de douceurs, la maison dĂ©cline une large gamme sucrĂ©e, Ă  commencer tout d’abord par la pâtisserie. Je dois avouer que ce n’est pas mon style, car l’ensemble des produits sont profondĂ©ment inscrit dans une tradition quasi poussiĂ©reuse, qui m’amène parfois Ă  me demander si les gâteaux ne sont pas d’Ă©poque. Saint-HonorĂ©, Tarte aux fruits variĂ©s, au citron, au caramel ou au chocolat, religieuses, Paris Brest, Millefeuilles… Rien ne manque Ă  l’appel, et les finitions sont somme toute très correctes. Les prix restent dans une moyenne acceptable, ce qui est une bonne nouvelle dans le quartier. Il ne faut cependant pas s’attendre Ă  ĂŞtre surpris ou Ă  trouver des pâtisseries d’exception ici.

Par contre, c’est du cĂ´tĂ© des viennoiseries que je serais beaucoup plus critique. Chères (le croissant est vendu Ă  1,20 euro !) et rĂ©alisĂ©es avec un manque de soin assez criant, elles sont peu recommandables en plus d’afficher des cuissons plutĂ´t alĂ©atoires.

En parlant de cuisson, intĂ©ressons-nous au pain. Bien sĂ»r, on retrouve la baguette de tradition, vendue ici… 1 euro 40 les 250g ! Les vaut-elle ? Certainement pas. Je dois lui reconnaĂ®tre des qualitĂ©s, sa croĂ»te fine, sa cuisson gĂ©nĂ©ralement assez bien menĂ©e, son agrĂ©able parfum de froment, sa mie bien alvĂ©olĂ©e et sa conservation tout Ă  fait honorable ne manquent pas de sĂ©duire, mais cela ne justifie pas pour autant une telle tarification, d’autant plus quand on prend en compte le manque de « caractère » de la demoiselle. Elle n’est pas mauvaise, mĂŞme plutĂ´t bonne, certes, mais nous serions bien en peine si nous devions lui trouver un caractère particulier pour la diffĂ©rencier d’autres baguettes de tradition proposĂ©es dans des boulangeries prises au hasard. Cette « tradi » est rĂ©alisĂ©e Ă  partir d’une farine Grand Siècle de la Ronde des Pains/Grands Moulins de Paris.
Une partie de la gamme est certifiée biologique et réalisée à partir de farine Lemaire. Ce sont certainement les pains les mieux réalisés de cette boutique, en dehors de la baguette. Leurs cuissons et façonnages sont de bonne facture, mais là encore, cela ne justifie que très difficilement les prix pratiqués.
Pour le reste, mieux vaut passer son tour. Entre des « pavĂ©s », des pains tigrĂ©s et autres crĂ©ations aux cuissons plus qu’alĂ©atoires et au façonnage manquant d’Ă©lĂ©gance, on ne peut pas dire que le pain fasse un… carton.

L’accueil est assez inĂ©gal, les produits sont gĂ©nĂ©ralement assez bien maĂ®trisĂ©s mais le travail est fait avec un manque d’enthousiasme et d’envie assez latent, ce qui n’est pas très agrĂ©able avec la clientèle. Peut-ĂŞtre que les habituĂ©s bĂ©nĂ©ficient d’un meilleur accueil, mais dans tous les cas, la vente Ă  emporter ne se prĂ©sente pas sous son meilleur jour. Pour les clients faisant le choix de consommer sur place, les prix sont majorĂ©s de quelques centimes voire d’euros, ce qui les rend encore plus Ă©levĂ©s.

Infos pratiques

150 Avenue Victor Hugo – 75016 Paris (mĂ©tro Victor Hugo, ligne 2 ou Rue de la Pompe, ligne 9) / tĂ©l : 01 47 04 66 55

Avis résumé

Pain ? Sorti de la baguette de tradition, plutĂ´t bien rĂ©alisĂ©e avec sa croĂ»te fine, sa cuisson gĂ©nĂ©ralement assez bien menĂ©e, son agrĂ©able parfum de froment, sa mie alvĂ©olĂ©e et sa conservation de bon niveau, mieux vaut ne pas trop s’aventurer dans la gamme. Les pains biologiques sont plutĂ´t de bonne facture, mais c’est sur le reste que l’on est plus surpris : les pavĂ©s nature ou garnis, les pains tigrĂ©s et autres pains spĂ©ciaux manquent cruellement de cuisson, mais aussi de saveurs et d’Ă©lĂ©gance. Dans tous les cas, les prix sont bien trop Ă©levĂ©s, et mĂŞme s’ils ne dĂ©notent pas dans le quartier, il n’en demeurent pas moins inacceptables Ă  mes yeux.
Accueil ? Soit les demoiselles sont très timides, soit elles manquent d’enthousiasme. Tout cela serait plus agrĂ©able si l’on ressentait plus de chaleur humaine, car rien ne vient nous sortir de ce cadre assez « moderniste dĂ©passé » dans lequel s’inscrit l’amĂ©nagement de cette boutique.
Le reste ? La gamme traiteur (sandwiches, salades, tartes et quiches diverses) est rĂ©alisĂ©e avec un certain sĂ©rieux, de mĂŞme que les pâtisseries. Leur finition est honorable, mĂŞme si j’avoue ne pas avoir Ă©tĂ© conquis par les saveurs et le travail des textures sur les pièces les plus « crĂ©atives » de la maison. Quant aux classiques, ils sont prĂ©sents et font leur office.
Les viennoiseries, quant à elles, représentent certainement le domaine dans lequel la maison franchit presque les limites du scandaleux, avec un croissant difforme proposé pour 1 euro 20. Même constat de médiocrité pour le reste de la gamme.

Faut-il y aller ? Si l’on a trop d’argent Ă  dĂ©penser pour satisfaire une envie gourmande, pourquoi pas. Mis Ă  part cela, difficile de trouver l’ensemble attirant au vu des prix pratiquĂ©s, qui ne parviennent pas Ă  ĂŞtre justifiĂ©s par la qualitĂ© juste passable des produits. De plus, le cadre un peu dĂ©passĂ© et l’accueil assez froid n’aident pas Ă  rendre l’ensemble plus agrĂ©able.

Certaines modes semblent ne pas avoir de limites, toucher et atteindre l’ensemble des artisans pour se retrouver dans leurs vitrines. C’est assez le cas des macarons, qui ont envahi nos boutiques et notre rĂ©pertoire gourmand ces dernières annĂ©es. Seulement, encore faut-il qu’ils soient rĂ©alisĂ©s avec talent.

La plupart du temps, il suffit pour le commerçant d’ouvrir une boite, de dĂ©congeler les produits et de le mettre en vente. En effet, les fournisseurs en boulangerie-pâtisserie possèdent tous Ă  leur catalogue de nombreuses saveurs de macarons avec l’ensemble des Ă©lĂ©ments nĂ©cessaires.
Fort heureusement, certains continuent Ă  les rĂ©aliser par eux-mĂŞmes, et en font leur spĂ©cialitĂ©. C’est le cas de Jonathan Blot, le chef pâtissier d’Acide Macaron. J’avais eu l’occasion de vous parler de leur boutique il y a de cela plusieurs mois.

Ici, le macaron prend la taille d’une bouchĂ©e, un plaisir instantanĂ© et simple. L’ensemble des saveurs sont rĂ©alisĂ©es avec une ganache, signe de qualitĂ© puisque le chocolat prĂ©sente un coĂ»t bien plus important que peut reprĂ©senter celui d’une crème au beurre ou d’une gelĂ©e de fruits. Pour autant, ce ne sont pas des arĂ´mes qui sont utilisĂ©s, mais très souvent des infusions, qui permettent Ă  ces petites pièces d’exprimer un parfum très naturel et authentique. A l’inverse de ce qui est pratiquĂ© chez des acteurs très prĂ©sents sur ce marchĂ©, la ganache n’est pas trop prĂ©sente et permet aux coques de bien jouer leur rĂ´le.
Les parfums varient au fil du temps, avec des crĂ©ations originales telles que le macaron au pop-corn, au bubble-gum, … l’imagination du chef est sans limites, et on ressent une vraie volontĂ© de dĂ©poussiĂ©rer le genre.

En effet, rien de poussiĂ©reux ici. Que ce soit dans cette charmante boutique ou dans les produits proposĂ©s, tout est rĂ©solument moderne, aussi bien sur les saveurs que sur le plan visuel – toujours très soignĂ© et attirant. Pas de dĂ©cors excessifs sur les gourmandises accompagnant les macarons, qui tiennent la vedette dans cette boutique. Il ne faudrait pas pour autant oublier le « reste » et mettre de cĂ´tĂ© ces crĂ©ations dignes d’intĂ©rĂŞt. En effet, Jonathan Blot reste avant tout un chef pâtissier, et son talent peut s’exprimer au delĂ  des seuls macarons. C’est pourquoi il a dès le dĂ©but dĂ©veloppĂ© une petite gamme de pâtisseries, sur lesquelles on retrouve le mĂŞme travail autour des bouchĂ©es. L’idĂ©e est d’offrir Ă  la clientèle la possibilitĂ© de se faire plaisir en toute lĂ©gèretĂ©, car c’est aussi ça, ĂŞtre moderne. Les dimensions des pâtisseries ont naturellement tendance Ă  se rĂ©duire, nous sommes de plus en plus sĂ©dentaires.
Après les fĂŞtes de fin d’annĂ©e, le chef a souhaitĂ© se concentrer Ă  nouveau sur ces douceurs, et a commencĂ© Ă  dĂ©velopper une nouvelle gamme. Au programme : tarte profiteroles chocolat & thĂ© earl grey, cheesecake au cassis, tarte mangue et meringue Ă  la banane… Les saveurs sont nettes et bien prĂ©sentes, c’est agrĂ©able mĂŞme si l’on en aimerait toujours en avoir un peu plus dans l’assiette, notre gourmandise Ă©tant Ă©veillĂ©e. Cet Ă©veil est sans cesse renouvelĂ©, puisque les crĂ©ations se succèdent rapidement au fil des semaines et de la crĂ©ativitĂ© de Jonathan, accompagnĂ© de son Ă©quipe.

A cĂ´tĂ© de la production rĂ©alisĂ©e pour la boutique, Acide Macaron est aussi sollicitĂ©e pour rĂ©aliser des collections de macarons Ă  destination de marques prestigieuses. CrĂ©ateurs de mode et autres entreprises « tendance » accompagnent leurs produits de façon gourmande, avec ces fameux petits-fours, ici assortis pour coller Ă  la thĂ©matique dĂ©veloppĂ©e par la marque. L’idĂ©e est plutĂ´t pertinente pour faire bonne impression, et Jonathan Blot m’indiquait qu’il prenait grand plaisir Ă  se prĂŞter Ă  l’exercice, car cela lui permet de travailler sur des sujets qu’il n’aurait pas forcĂ©ment Ă  approcher s’il se limitait Ă  son offre « boutique ».

Dans tous les cas, on ne peut que saluer le courage et la volontĂ© dĂ©veloppĂ©s au sein de cette entreprise : l’emplacement d’Acide n’est pas des plus simples, car le quartier est très calme, bien loin des ruches Ă  touristes que peuvent reprĂ©senter les Halles ou Saint-Germain-des-PrĂ©s. La relation avec la clientèle en est tout Ă  fait diffĂ©rente, et on ne peut que s’en fĂ©liciter. Vous serez très bien accueillis par Renata ou sa vendeuse, qui vous apporteront des conseils avisĂ©s selon vos goĂ»ts et ceux des personnes Ă  qui vous prendrez plaisir Ă  offrir ces douceurs.
A cĂ´tĂ© des macarons et pâtisseries, d’amusantes guimauves colorĂ©es, des pâtes de fruit, des sablĂ©s, un pain d’Ă©pices et autres gourmandises vous sont Ă©galement proposĂ©s dans cet Ă©lĂ©gant Ă©crin Ă  la finition lĂ©chĂ©e. C’est un endroit dans lequel je prends plaisir Ă  venir et revenir, d’autant que le quartier s’est rĂ©cemment dotĂ© d’un nouveau lieu gourmand, la seconde boulangerie de Gontran Cherrier, un peu plus loin.

Infos pratiques

72 Rue Legendre 75017 Paris (mĂ©tro Rome ou Villiers – lignes 2 et 3) / tĂ©l : 01 53 11 19 51
ouvert du mardi au samedi de 10h30 Ă  20h00, dimanche de 10h30 Ă  18h00.

Pour dĂ©couvrir des adresses, on me donne souvent de petits coups de pouce, sinon quoi la tâche serait bien difficile. Comment dĂ©nicher des Ă©choppes dignes d’intĂ©rĂŞt dans une ville telle que Paris, seul et armĂ© uniquement de mes deux jambes ? Je risquerais de finir Ă©puisĂ© avant mĂŞme d’avoir trouvĂ© quoi que ce soit. Dès lors, quand je rencontre des noms, des adresses, je ne manque pas de les mĂ©moriser pour une visite ultĂ©rieure.

J’avais remarquĂ© les Ă©pices prĂ©sentĂ©es sur le stand de la Petite Fabrique du MarchĂ© des Enfants Rouge il y a dĂ©jĂ  quelques temps. Il Ă©tait indiquĂ© qu’elles provenaient d’une boutique du quartier des Halles, l’Epicerie de Bruno. Si Carole a dĂ©cidĂ© de faire confiance Ă  ce fournisseur, ça n’est pas sans raison : l’ensemble des ingrĂ©dients mis en oeuvre dans ses produits sont choisis avec le plus grand soin. Dès lors, il Ă©tait Ă©vident qu’il fallait que je m’y rende.

Les Ă©pices ne sont pas assez utilisĂ©es pour rĂ©aliser des pains, Ă  mon sens. Elles peuvent apporter beaucoup, comme elles le font dans des plats, en relevant subtilement les saveurs des diffĂ©rents produits. Cela pourrait tout Ă  fait ĂŞtre le cas sur un pain, encore faut-il que le consommateur soit rĂ©ceptif Ă  de telles idĂ©es. Gontran Cherrier est parvenu Ă  prouver que cela pouvait ĂŞtre le cas, au travers de son pain aux Ă©pices Zaatar, au Curry ou encore au Gingembre et Ă  la MĂ©lasse. S’il le fait, pourquoi pas les autres ?

Bruno pourrait certainement les aider. Au sein de sa charmante boutique installĂ©e rue Tiquetonne, tout près des Halles et en plein coeur du quartier Montorgueil, il propose une très large gamme de produits, que ce soit en terme d’Ă©pices « brutes » que de crĂ©ations les utilisant. Sels d’origines variĂ©es, herbes, fleurs, poivres surprenants, mĂ©langes traditionnels (diffĂ©rents Currys, herbes de provence, …) et originaux (dĂ©diĂ©s Ă  certains types de plats pour certains, issus de cultures mĂ©connues pour d’autres…), riz rares, pâtes crĂ©atives, confitures, chocolats Ă©picĂ©s, thĂ©s ou encore cafĂ©s… Difficile de faire le tour des gammes en quelques mots car chaque recoin de cette Ă©choppe est rempli de dĂ©couvertes gourmandes. L’ensemble est amĂ©nagĂ© avec beaucoup de goĂ»t et d’authenticitĂ©.

Pour guider la clientèle Ă  travers ce voyage Ă©picĂ©, le propriĂ©taire des lieux, le fameux Bruno, propose des conseils avisĂ©s et prĂ©cis, en montrant Ă  chaque fois une excellente connaissance de chacun des produits, ce qui lui permet de mettre en valeur l’ensemble des propositions exposĂ©es ici. Que vous ayez un besoin particulier ou simplement envie de donner un nouveau relief Ă  l’un de vos plats du quotidien, vous trouverez sans aucun doute de quoi vous faire plaisir ou tout simplement faire plaisir.
Parmi les produits qui m’ont le plus interpellĂ©, les poivres et les sels, oĂą j’ai dĂ©couvert des variĂ©tĂ©s dont je ne soupçonnais mĂŞme pas l’existence. Les saveurs dĂ©veloppĂ©es par certains d’entre eux sont bien Ă©loignĂ©es de ce que l’on peut attendre habituellement d’un poivre, comme pour le fameux poivre Timut du NĂ©pal, dont les notes d’agrumes ne manqueront pas de surprendre. Le sel fumĂ© du Mexique et ses notes de charbon ainsi que son croquant accompagneront avec beaucoup d’Ă©lĂ©gance un poisson, par exemple.
Plus amusantes, les prĂ©parations pour Riz au lait parfumĂ© de chez Quai Sud rĂ©veillent en nous des dĂ©sirs d’enfant… dans cette « épice et riz », tout est aussi sĂ©rieux que potentiellement rĂ©gressif.

Pour ne rien gâcher, les tarifs demeurent assez mesurĂ©s compte tenu de la qualitĂ© des produits et de l’habituel niveau de prix maintenu dans ce type de boutique. Ajoutez Ă  cela un emplacement on ne peut plus pratique, en plein centre de Paris, et vous obtenez une Ă©picerie oĂą l’on vient et revient avec grand plaisir.

Infos pratiques

30, rue Tiquetonne – 75002 Paris (mĂ©tro/RER Les Halles, lignes A, B et D ou 1, 4 et 14 ou Etienne Marcel, ligne 4) / tĂ©l : 01 53 40 87 33
ouvert du mardi au samedi de 10h30 Ă  14h30 et de 15h30 Ă  19h30.

Faut-il y aller ? Bien sĂ»r ! C’est le lieu rĂŞvĂ© pour les amateurs – ou futurs adeptes – d’Ă©pices et autres saveurs originales. Au travers de simples notes parfumĂ©es, et avec les conseils avisĂ©s de Bruno, vous prendrez plaisir Ă  donner une nouvelle dimension Ă  votre cuisine du quotidien. En effet, pour sublimer de bons produits, il suffit bien souvent d’une note subtile, une sauce reviendrait Ă  les dĂ©naturer sans aucune raison. Les plus gourmands trouveront Ă©galement leur bonheur du cĂ´tĂ© des pâtes, riz, confitures et autres chocolats Ă©picĂ©s. Carole ne s’y Ă©tait pas trompĂ©, voilĂ  un très beau lieu gourmand !

En matière de pâtisseries, ces dernières annĂ©es ont vu naĂ®tre de nouvelles tendances, plutĂ´t positives Ă  mon sens : rĂ©duction du taux de sucre, dĂ©cors plus aboutis sans ĂŞtre forcĂ©ment chargĂ©s, ainsi que des finitions mieux abouties. Egalement, les quantitĂ©s ont Ă©tĂ© rĂ©duites, ce qui peut parfois dĂ©cevoir les plus gourmands. Il faut pourtant bien s’adapter aux « besoins » de l’Ă©poque : nous sommes plus sĂ©dentaires, nos besoins Ă©nergĂ©tiques en sont d’autant rĂ©duits.

Pour certains artisans, le « virage » n’est pas toujours facile Ă  prendre. A quelques pas de la place Gambetta, James Berthier et son Ă©pouse Anne-Sophie se sont installĂ©s il y a plus de 10 ans, en septembre 1999 prĂ©cisĂ©ment. Le parcours de ce pâtissier-chocolatier a de quoi faire rĂŞver : Dalloyau, Peltier, le Fouquet’s, le Meurice… Il enchaine les grandes maisons avec brio et arrive trois fois en finale du concours de Meilleur Ouvrier de France. Il recevra Ă©galement le prix Charles Proust ou encore le TrophĂ©e Tholoniat, parmi les nombreux concours et la douzaine de trophĂ©es Ă  son actif. Après avoir autant couru, trouver un ancrage Ă©tait certainement nĂ©cessaire, et c’est ce qu’il a eu l’occasion de faire au sein de sa boutique du 20è arrondissement, dans un quartier Ă  la fois relativement calme et atypique, Ă  l’abri de l’agitation des zones très commerçantes et touristiques de la capitale. Ici, une relation plus authentique et sincère peut s’installer avec la clientèle et les entreprises environnantes.

Chez SucrĂ©Cacao, on trouve bien entendu du chocolat, mais aussi du sucre, sous diverses formes. Pâtisseries, confiseries (pâtes de fruits, notamment), glaces, biscuits divers (fours secs, macarons …), le choix ne manque pas. La maison propose en effet des gammes bien fournies et une belle variĂ©tĂ© de produits. Les chocolats ne sont pas en reste, que ce soit en terme de formats ou de saveurs. Tablettes, ganaches, … rien ne manque.
Ce qui manque, en rĂ©alitĂ©, ce serait certainement un peu de modernitĂ© dans tout cela : nous avons affaire Ă  des produits très classiques, que ce soit en terme de forme ou de rĂ©alisation gĂ©nĂ©rale. En effet, le sucre y est souvent assez prĂ©sent, et les pâtisseries ont du mal Ă  se dĂ©faire des schĂ©mas classiques tartes-entremets-pâtes Ă  choux…, avec des textures et des sensations vues et revues. Pour autant, les saveurs sont bien marquĂ©es et elles s’expriment de façon cohĂ©rente. On sent une très bonne maĂ®trise technique, les chocolats sont de qualitĂ© et les matières premières mises en oeuvre sĂ©lectionnĂ©es avec attention.

On pourra regretter la finition alĂ©atoire des pâtisseries, qui affichent des visuels parfois un peu bâclĂ©s, que ce soit en terme de dĂ©coupe pour les entremets, ou de montage pour les diverses tartes et petits gâteaux. Un peu plus de soin serait certainement le bienvenu, mĂŞme si la maison semble se concentrer sur le goĂ»t plutĂ´t que sur le visuel. Il faut malgrĂ© tout que l’oeil soit sĂ©duit, puisque c’est le premier contact entretenu avec le produit.
Un rayon pain est proposĂ© Ă  la clientèle, avec quelques baguettes et un nombre limitĂ© de pains spĂ©ciaux, tout cela ne prĂ©sente pas d’intĂ©rĂŞt, mis Ă  part d’offrir un service de dĂ©pannage.

L’accueil, assurĂ© par Mme Berthier et son Ă©quipe de vente, est charmant, possĂ©dant une excellente connaissance des produits et apportant un conseil avisĂ© Ă  leur sujet. L’ambiance au sein de la boutique est chaleureuse, que ce soit grâce au sourire des vendeuses ou bien de par les teintes chaudes de l’amĂ©nagement intĂ©rieur.

Infos pratiques

89, avenue Gambetta – 75020 Paris (mĂ©tro Gambetta, lignes 3 et 3bis) / tĂ©l : 01 46 36 87 11
ouvert du mardi au samedi de 9h Ă  19h30, le dimanche de 9h Ă  18h30.

Avis résumé

James Berthier et son Ă©quipe proposent une belle gamme de produits au sein de la boutique SucrĂ©Cacao. Le problème est Ă  mon sens le caractère beaucoup trop « classique » de l’ensemble, dans le sens que mĂŞme les crĂ©ations proposant des saveurs plutĂ´t modernes sont rĂ©alisĂ©es avec beaucoup de traditionalisme. Les pâtisseries sont assez sucrĂ©es et les textures manquent globalement de lĂ©gèretĂ©, mĂŞme si les saveurs sont bien prĂ©sentes. Leur finition reste, de plus, assez alĂ©atoire, ce qui est toujours assez regrettable. Plus tentantes, les autres gourmandises (macarons, fours secs, chocolats…) sauront sĂ©duire les gourmands, tout cela pour des tarifs très accessibles.
L’accueil est fort sympathique, les sourires sont sincères et la clientèle est bien considĂ©rĂ©e et conseillĂ©e. Pas d’empressement ni de volontĂ© de faire du chiffre Ă  tout prix, c’est agrĂ©able.

Faut-il y aller ? Si vous ĂŞtes Ă  la recherche de produits Ă  la rĂ©alisation très classique, pourquoi pas, mais je pense qu’il serait bon de faire Ă©voluer tout cela pour correspondre aux « standards » de notre Ă©poque. Il n’en demeure pas moins que les chocolats, pâtes de fruits et autres produits secs sont bien rĂ©alisĂ©s, mĂŞme si la finition est parfois un peu alĂ©atoire. Je ne suis pas rĂ©ellement client de ce style de pâtisseries, mais les produits mis en oeuvre sont de qualitĂ©, c’est certainement le principal. L’accueil parvient Ă  rendre l’ensemble plus agrĂ©able.

Autant que je raconte des histoire, j’aime aussi en lire et en suivre, d’autant plus quand celles-ci s’inscrivent dans une réalité quotidienne, dans la «vraie vie». Bien sûr, cela dépasse alors le simple cadre «d’histoires» telles qu’on pourrait les concevoir habituellement, mais il y a toujours un petit côté aventureux qui n’est pas pour me déplaire. Je dois être bon public, aimer les feuilletons, que voulez-vous.

Dans le cas présent, rien de plus sérieux que l’histoire et le parcours de l’entreprise de Bruno, fondateur de la boulangerie-pâtisserie Citron Meringué à Châtillon, dans les Hauts-de-Seine. Avant son installation dans cette sympathique et moderne boutique du boulevard de Verdun depuis un an, c’est sur les marchés qu’il a partagé sa passion pour la gastronomie. Ainsi les gourmands du dimanche pouvaient-ils découvrir ses créations sur le marché de Malakoff, et peuvent d’ailleurs continuer à le faire puisque cette «tradition» a toujours cours.

Citron Meringué, et pourtant, le travail de cet artisan n’a rien de tarte. Au contraire, il exprime au quotidien une belle volonté et une implication à toute épreuve, refusant de céder aux sirènes de la facilité et du peu coûteux, bien qu’il les ait côtoyées pendant plusieurs années dans son parcours professionnel, réalisé dans plusieurs entreprises du secteur. La différence, c’est qu’il est ici chez lui et que ce sont ses choix et aspirations qui impriment la marche de l’entreprise.

Cela commence par le pain, et le choix du meunier, qui ne s’est pas fait au hasard : il n’était pas question de proposer Ă  la clientèle des produits rĂ©alisĂ©s Ă  partir de «mixes» fournis par le meunier, ou bien des pains incorporant des additifs. C’est de cette façon que le choix s’est portĂ© sur les Moulins Bourgeois, en plus du caractère relativement local de cet approvisionnement. Le rĂ©sultat ? Une gamme de pain assez variĂ©e et rĂ©ussie, mĂŞlant tradition, Biologique et crĂ©ation. Ici, pas de baguette blanche, mais une tradition proposĂ©e au prix surprenant de… 95 centimes ! En effet, ce boulanger-pâtissier ne souhaitait pas proposer de produit d’entrĂ©e de gamme dĂ©nuĂ© de saveurs, mais il devait Ă©galement se placer «sur le marché», oĂą des artisans bien implantĂ©s Ă©taient dĂ©jĂ  prĂ©sents – dont l’un d’eux compte plusieurs prix, obtenus aux diffĂ©rents concours professionnels. Cette fameuse baguette est d’ailleurs tout Ă  fait honnĂŞte et Ă©lĂ©gante, au travers d’un superbe grignage, d’une croĂ»te fine et craquante et d’une mie lĂ©gèrement grasse, aux agrĂ©ables notes de froment. Elle ne possède certes pas de signe distinctif, de caractère fort, mais elle constitue un excellent produit, vecteur simple et accessible de plaisir… On pourra bien sĂ»r regretter le fait que les cuissons soient un peu courtes, mais l’artisan m’a indiquĂ© qu’il avait dĂ» sur ce point s’adapter aux attentes de la clientèle, habituĂ©e Ă  des croĂ»tes plus blanches que dorĂ©es.
Le reste de la gamme est à l’avenant, entre pains aux céréales, belle miche au levain à l’acidité modérée, ainsi que des pains plus surprenants, comme une petite torsade au cacao et piment d’espelette, ou bien pour les fêtes un pain Seigle-Framboise.

Cette fantaisie se retrouve pleinement dans la gamme sucrĂ©e dĂ©veloppĂ©e au sein de la boutique Citron MeringuĂ©. On y trouve bien entendu… une tarte au citron, avec ou sans Ă©clats de meringue, rĂ©alisĂ©e Ă  partir de fruits frais, mais Ă©galement un large choix d’autres de ces petits cercles de pâte, comme une tarte Normande revisitĂ©e, une autre poire-chocolat, un clafoutis aux Fruits Rouges et bien entendu des variations au fil des saisons, car c’est lĂ  un des maĂ®tres mots du travail de Bruno : la fraĂ®cheur. Cela explique la gamme courte et le nombre limitĂ© de pâtisseries prĂ©sentes en vitrine, dans le but de ne pas faire «repasser» de pâtisseries le lendemain. Bien sĂ»r, quelques crĂ©ations sont Ă©galement prĂ©sentĂ©es, comme un entremet autour du citron (le Zest), du chocolat ou encore de l’association du Marron et du Cassis. La pâte Ă  chou n’est pas en reste, avec des Ă©clairs aux parfums parfois surprenants (Nutella, fleur d’oranger…). Du goĂ»t, des saveurs, mais aussi de la lĂ©gèretĂ© et peu de sucre. Dans le prolongement, les viennoiseries maison complètent ce tableau gourmand, avec de grands classiques (croissants, pains au chocolat, croissant aux amandes «frais» (pas de recyclage !)…) et des notes plus originales, comme un chausson poire-chocolat.

J’ai effectivement pu apprécier la légèreté et la finesse des créations, mais j’aurais aimé y trouver un travail plus poussé sur les textures, qui manquaient à mon sens un peu de contrastes.
Les gammes sont élargies le week-end, période pendant laquelle la clientèle se presse aux portes de la boutique pour découvrir ces fameuses douceurs, grâce notamment à la notoriété acquise sur le marché de la ville voisine.

On notera également la présence d’une courte gamme traiteur, proposant quelques sandwiches et en-cas salés, ce qui complète l’offre de la boutique sans constituer un véritable point d’attrait.

Terminons sur le service, qui ne peut être autre chose que bien renseigné sur les produits et pleinement impliqué dans l’entreprise, puisqu’il participe activement à leur élaboration, notamment dans ce fournil, ouvert sur la boutique. Le conseil est donc avisé, l’accueil délicat et au sourire sincère. C’est là que l’on comprend l’importance d’associer étroitement son personnel à la vie de l’entreprise : cela est bénéfique à tous.

Infos pratiques

5 avenue de Verdun – 92320 Châtillon (mĂ©tro Châtillon-Montrouge, ligne 13) / tĂ©l : 01 49 85 06 05
ouvert du mardi au dimanche de 7h à 20h, présence sur le marché de Malakoff le dimanche matin.
Site web : http://www.citronmeringue.fr

Avis résumé

Pain ? Citron MeringuĂ© nous propose une belle gamme, dĂ©veloppĂ©e Ă  partir d’une farine fournie par les Moulins Bourgeois. Ici, pas d’additifs, on laisse aux pains le temps de se dĂ©velopper. Le rĂ©sultat, une baguette de tradition aux belles notes de froment et de crème, avec une croĂ»te fine et craquante, une mie lĂ©gèrement grasse et bien alvĂ©olĂ©e… pour seulement 95 centimes ! Difficile de faire plus accessible pour un produit de qualitĂ©, Ă©lĂ©gant qui plus est. Le constat est similaire sur le reste de l’offre, qui inclut des classiques (cĂ©rĂ©ales, diverses graines…) et des crĂ©ations (comment ne pas ĂŞtre surpris devant un pain cacao-piment d’espelette ?).

Accueil ? Charmant, impliqué et de bon conseil. La proximité avec la production n’y est pas étranger, on sent une belle implication dans cette «aventure» initiée par Bruno, le fondateur, qui n’hésite pas à partager directement sa passion avec la clientèle derrière le comptoir.

Le reste ? Comment omettre de parler de la tarte au citron – meringuĂ©e ou non, rĂ©alisĂ©e Ă  partir de jus de fruits frais ? – ainsi que des divers clafoutis, tartes Normandes revisitĂ©es, ou autres variations saisonnières autour des fruits… La maison propose Ă©galement une gamme de crĂ©ations, dĂ©veloppĂ©e au fil des mois et des inspirations de l’artisan, tout en maintenant une ligne de conduite simple : des saveurs, de la simplicitĂ© (pas de visuels tape Ă  l’oeil) et de la lĂ©gèretĂ©. Peut-ĂŞtre un peu trop d’ailleurs, Ă  mon goĂ»t, j’aurais aimĂ© trouver plus de travail sur les textures et des saveurs plus marquĂ©es.

Faut-il y aller ? Voici une adresse comme on aimerait en trouver plus souvent en banlieue. Chez Citron MeringuĂ©, c’est toute la passion d’un artisan qui s’exprime et s’évertue, jour après jour, Ă  proposer des produits sains et frais Ă  une clientèle trop souvent habituĂ©e Ă  la mĂ©diocritĂ© de boulangeries-pâtisseries implantĂ©es de longue date. On sent ici une vraie volontĂ© de bien faire, un dynamisme entrepreneurial incontestable, mĂŞme si l’on pourra reprocher les cuissons un peu courtes sur certaines baguettes et une relative «faiblesse» sur le travail des textures des pâtisseries. Cependant, il est impossible de ne pas ĂŞtre sensible Ă  la qualitĂ© gĂ©nĂ©rale des produits, ainsi qu’à leur caractère profondĂ©ment accessible (une baguette de tradition Ă  95 centimes, des pâtisseries dĂ©passant rarement les 3,80 euros… nous ne sommes plus Ă  Paris !).

Certains artisans, après avoir voyagĂ©, rĂ©alisĂ© un parcours dans les « élites », ĂŞtre passĂ©s par les plus grandes maisons, … aspirent Ă  plus de calme et de sĂ©rĂ©nitĂ© dans leur activitĂ©, et font pour cela le choix de s’installer Ă  l’abri de la fureur de la capitale.

C’est en tout cas le choix de Nicolas BernardĂ©, qui, accompagnĂ© de son Ă©pouse, a jetĂ© l’ancre Ă  La Garenne-Colombes depuis deux ans. Deux ans, cela correspond au temps qu’il aura fallu au couple pour faire Ă©clore ce beau projet, qui aura transformĂ© l’ancien restaurant d’angle situĂ© Ă  proximitĂ© de l’Ă©glise, « La Belle Epoque ». Le nom a Ă©tĂ© conservĂ©, mais cela n’a plus grand chose Ă  voir. Depuis mardi, c’est un univers de gourmandises qui s’Ă©panouit ici, prĂ©sentĂ© dans un Ă©crin Ă©lĂ©gant et soignĂ©. La clientèle est invitĂ©e Ă  dĂ©couvrir les produits de ce Meilleur Ouvrier de France Pâtissier 2004 au travers de prĂ©sentoirs et Ă©tagères claires et lumineuses, dans des teintes grises et beiges du plus bel effet. En parlant d’effet, comment ne pas parler celui produit par ce mur de confitures ? Il met en valeur les superbes couleurs de ces pots de fraicheur fruitĂ©e et nous rappelle que l’essentiel, ce sera toujours le produit, et que nous devons nous concentrer dessus.

Parlons-en, d’ailleurs, des produits. Ils sont le fruit des nombreux voyages de M. BernardĂ© et expriment une vision assez globale et poussĂ©e du mĂ©tier de pâtissier-chocolatier-confiseur. En effet, il dĂ©passe les frontières communĂ©ment admises des gammes dĂ©veloppĂ©es dans de telles boutiques en proposant des sels et huiles parfumĂ©s (aux Ă©pices, au piment d’espelette, Ă  la vanille, au combawa…), des vinaigres ou encore des sucres aromatisĂ©s. Bien entendu, on retrouve des classiques, telles que les caramels, tablettes de chocolat, pâtes Ă  tartiner, cakes… Tout en apportant Ă  chaque fois une note singulière et originale. Caramel parfumĂ© « tarte au citron », confiture banane-pamplemousse-griotte ou abricot-poire-dragĂ©e, guimauves intensĂ©ment rĂ©gressives… Rien ne manque pour satisfaire les plus gourmands et curieux.

Ici, pas de pâtisseries « fraiches », mis Ă  part un produit de saison qui sera proposĂ© le samedi uniquement, selon l’envie et la disponibilitĂ© des fruits. Tartes aux fraises, clafoutis, autant de classiques qui seront amenĂ©s Ă  ĂŞtre dĂ©clinĂ©s par l’artisan au fil des mois. On peut cependant toutefois trouver une courte gamme de macarons, proposĂ©s Ă  1,2 euros l’unitĂ©, ce qui est loin d’ĂŞtre excessif au vu des tarifs pratiquĂ©s dans la capitale.
Ce choix a Ă©tĂ© fait pour permettre le dĂ©veloppement d’une seconde activitĂ© : les cours de pâtisserie. En effet, il aurait Ă©tĂ© difficile de concilier l’implication nĂ©cessaire pour rĂ©aliser quotidiennement des produits de pâtisserie et proposer des cours de qualitĂ©.

Les pâtissiers « en herbe » – enfants ou adultes, d’ailleurs, puisque les deux publics sont visĂ©s – auront le choix entre trois formules : la première oĂą ils seront spectateurs et assisteront Ă  la rĂ©alisation de la recette par le chef, puis deux autres oĂą leur niveau d’implication pourra aller jusqu’Ă  la rĂ©alisation complète d’un gâteau. Tout cela se dĂ©roulera au sein du laboratoire de production, situĂ© au dessus de la boutique. Au terme du cours, une dĂ©gustation sera organisĂ©e au sein d’un espace amĂ©nagĂ© Ă  cet effet dans l’espace de vente, puis les participants pourront repartir chez eux avec la crĂ©ation du jour. Un programme allĂ©chant et gourmand !

Pour nous guider, mais aussi nous faire frissonner, rĂŞver ou encore dĂ©guster – puisque c’est ce triptyque qui est mis en avant par Nicolas BernardĂ© sur ses sacs et divers Ă©lĂ©ments de communication -, c’est madame elle-mĂŞme ainsi qu’une vendeuse-pâtissière (belle idĂ©e que d’avoir une personne polyvalente en vente, car cela garantit une très bonne connaissance des produits et lui permet d’avoir un retour direct de la clientèle) qui assurent cette tâche avec beaucoup de chaleur et d’Ă©coute. Ainsi, le travail des 3 personnes oeuvrant quotidiennement au laboratoire est reprĂ©sentĂ© au mieux.

D’ailleurs, pour avoir goĂ»tĂ© quelques extraits de ce travail, notamment au travers d’une confiture banane-pamplemousse-griotte que j’avais achetĂ© samedi, je dois dire qu’on sent ici une belle maĂ®trise des matières premières et un grand soin pour leur transformation. Le mĂ©lange Ă©tait bien Ă©quilibrĂ©, chaque fruit s’exprimant Ă  son tour, entre rondeur de la banane, acidulĂ©-amertume du pamplemousse et douceur de la griotte. De plus, l’ensemble est assez peu sucrĂ©, ce qui est fort agrĂ©able. On regrettera cependant l’absence d’indication de Date Limite de Consommation, ainsi que sur la teneur en sucres du produit.

Dans tous les cas, souhaitons une belle réussite à cet artisan dans son entreprise.

Infos pratiques

2 place de la LibertĂ© – 92250 La Garenne-Colombes (Transilien Ligne L, gare de La Garenne-Colombes) / tĂ©l : 01 41 19 02 74
ouvert les mardi, jeudi et vendredi de 10h à 19h30 et les mercredi et samedi de 9h30 à 19h30.
Site internet : http://www.nicolas-bernarde.com

Ce mercredi s’annonçait ĂŞtre une journĂ©e comme les autres pour Arnaud Delmontel. Après son jour de fermeture, sa boutique avait rĂ©ouvert ses portes comme d’habitude. Quand soudain… Bon, je m’Ă©gare. Ce que je peux ĂŞtre moqueur et de mauvais esprit, parfois ! Que voulez-vous, on ne se refait pas.

Le sujet du jour n’est pas mon boulanger-pâtissier prĂ©fĂ©rĂ©, mĂŞme si l’action se dĂ©roule bien rue des Martyrs. Un peu plus bas, en rĂ©alitĂ©, au 22. Cette boutique a une histoire bien connue des habitants du quartier. Elle abritait encore, il y a quelques mois, la pâtisserie Seurre, une vĂ©ritable institution qui proposait aux gourmets autant des classiques de la pâtisserie française que des crĂ©ations originales. Plus de 100 ans d’existence, et finalement une fermeture en fin d’annĂ©e dernière, suite au dĂ©part Ă  la retraite de GĂ©rard Seurre. L’endroit a bien failli devenir un « Beauty Monop' », mais grâce Ă  la mobilisation des riverains et Ă  la rĂ©action des Ă©lus, cela a finalement Ă©tĂ© Ă©vitĂ©.

Dans cette rue bien gourmande et remplie d’histoires entre commerces (parfois, ce serait presque Dallas !), SĂ©bastien Gaudard a posĂ© ses valises après un parcours de haut vol : adjoint de Pierre HermĂ© chez Fauchon, chef du DĂ©licabar de la Grande Epicerie, consultant en pâtisserie depuis quelques annĂ©es… Il avait Ă©tĂ© associĂ© Ă  ce mouvement de « pâtisserie moderne », oĂą le visuel tenait une place toujours plus importante. Selon les dires de l’intĂ©ressĂ©, il lui manquait un ancrage, qu’il souhaite trouver aujourd’hui en ouvrant cette boutique.

Une ancre, c’est au moins ce qui nous aura tenu face au 22 rue des Martyrs, en attendant son ouverture sans cesse retardĂ©e. Cela devait ĂŞtre Ă  la rentrĂ©e, puis en octobre… Ce fut finalement le 23 novembre. En fin de semaine dernière, les travaux ne semblaient pas terminĂ©s dans cette boutique Ă  la devanture vert-wagon, et il Ă©tait bien difficile de s’imaginer quels auraient Ă©tĂ© les choix de l’artisan en terme d’amĂ©nagement intĂ©rieur. Le voile s’est finalement levĂ© en courant de journĂ©e, sans fanfare ni trompettes, en toute discrĂ©tion. Comme si SĂ©bastien Gaudard voulait que cette ouverture soit une heureuse surprise, une dĂ©couverte au hasard d’un passage dans la rue.

La boutique n’Ă©tait pas encore bien remplie aujourd’hui, mais le dĂ©cor Ă©tait bien brillant. Brillant comme les yeux des gourmands devant ces vitrines offrant des saveurs bien rĂ©gressives. Difficile de croire qu’ici se tenait la pâtisserie Seurre, tant la mĂ©tamorphose est profonde. Dans cet intĂ©rieur rĂ©alisĂ© dans des matĂ©riaux nobles (du marbre, principalement), on pourrait penser que cela a toujours Ă©tĂ© ainsi et que le temps s’est arrĂŞtĂ© pour nous offrir des pâtisseries « d’antan ».
C’est bien lĂ  le crĂ©do de SĂ©bastien Gaudard au travers de la Pâtisserie des Martyrs : rendre les saveurs du passĂ© terriblement actuelles et vivantes. Pour ce faire, il nous propose de grands classiques de la pâtisserie française, sans volontĂ© de les revisiter, mais simplement de les rĂ©aliser avec talent et honnĂŞtetĂ©. Eclairs (vanille, chocolat, cafĂ©), baba au rhum, millefeuille, chou caramĂ©lisĂ© Ă  la vanille, religieuse vanille-chocolat, ForĂŞt Noire, Paris-Brest, Othello (« tĂŞte de nègre », comme on le disait Ă  l’Ă©poque), tarte au citron ou aux poires… Pas de crĂ©ation, uniquement de l’authentique.

Des chocolats sont Ă©galement prĂ©sentĂ©s, ainsi qu’une sĂ©lection de viennoiseries (on trouvait aujourd’hui des chaussons aux pommes ainsi que des kugelhopfs, notamment). Les confiseries ne devraient certainement pas tarder. La boutique devrait Ă©galement proposer des glaces, mĂŞme si cela n’est pas vraiment de saison pour le moment.

Assez parlĂ© du concept et de l’esprit, passons donc aux choses sĂ©rieuses, au concret. Lors de ma visite, j’ai pu apprĂ©cier le service -patient, bien formĂ© sur les produits (malgrĂ© le premier jour !)- et le fait de croiser le chef en boutique. Ses yeux d’un bleu profond s’accordent si bien avec le thème chromatique de sa boutique ! Après avoir Ă©changĂ© quelques mots et plaisantĂ© au sujet du retard pris par les travaux prĂ©cĂ©dant l’ouverture, je suis reparti avec l’objet de ma gourmandise du jour : une ForĂŞt Noire.

Les plus gourmands reprocheront aux produits vendus par la Pâtisserie des Martyrs d’ĂŞtre de petite taille, ce qui aurait pour consĂ©quence un rapport quantitĂ©/prix peu intĂ©ressant. Pour moi, une pâtisserie fine n’a pas Ă  ĂŞtre trop volumineuse, le risque Ă©tant l’Ă©coeurement, ce qui n’est pas souhaitable. Avec ses dĂ©licats copeaux de chocolat noir, ses deux couches de gĂ©noise, sa chantilly bien kirschĂ©e et ses griottes imbibĂ©es, je dois dire que j’ai Ă©tĂ© pleinement satisfait par mon expĂ©rience, mĂŞme si je suis d’ordinaire plutĂ´t adepte de pâtisseries crĂ©atives. L’ensemble est très lĂ©ger, fin et peu sucrĂ©. Pour 4,4 euros, la promesse est tenue.

Les gourmands se pressaient dĂ©jĂ  devant et dans la boutique fraĂ®chement ouverte – preuve en est de la rupture d’Ă©clairs au chocolat Ă  l’heure pourtant peu avancĂ©e de mon passage. Cela annonce la suite sous de meilleurs auspices ! Dans tous les cas, je ne manquerai pas de revenir pour dĂ©couvrir l’endroit pleinement fonctionnel et rempli de toutes ses gourmandises.

Infos pratiques

La Pâtisserie des Martyrs – SĂ©bastien Gaudard
22 rue des Martyrs – 75009 Paris (mĂ©tro Notre-Dame de Lorette, ligne 12) / tĂ©l : 01 71 18 24 70
ouvert du mardi au vendredi de 10h à 14h et de 16h à 20h, le samedi de 9h à 20h et le dimanche de 9h à 14h.