Le mouvement du monde s’apparente à flux perpétuel de caravanes, chaque minute, chaque seconde, ce sont des milliers de départs et d’arrivées qui se produisent. Des histoires commencent, d’autres finissent. On peut choisir de rester sur le bord de la route à regarder, parfois à analyser, les trajectoires, renonçant par la même occasion d’utiliser le crayon qui était entre nos mains pour en tracer de nouvelles, les corriger parfois, tenter de partager sa vision et être, quelques instants au moins, maître de son destin. Tout dépend de ce que l’on cherche dans la vie, du regard que l’on porte sur les autres et de ce que l’on veut leur apporter.

Cela fait plus de 5 ans que je partage avec vous ma vision de la boulangerie-pâtisserie. La position d’observateur pourrait être confortable si j’avais pris le parti du consensus mou, des demi-mots. J’ai parfois été vif, sans doute trop, mais si j’ai du apprendre à soigner la forme, je n’ai rien à regretter sur le fond car j’ai toujours défendu mes convictions, et je continuerai de le faire.

Seulement, pour les défendre, il faut aussi mettre les mains dans le cambouis, sinon on finit par ne plus avoir aucune crédibilité. Forcément, cela tâche un peu, mais il me semblait incohérent de garder un discours purement théorique et abstrait, sans tenter de faire changer les choses par moi-même. J’ai passé le CAP de Boulanger dans cette logique, tout en me rapprochant de divers acteurs de la filière pour leur apporter des prestations de conseil ou de rédaction. Qu’ils soient boulangers ou meuniers, mon but est resté le même : porter auprès d’eux une vision centrée sur l’humain et la différenciation par la qualité en boulangerie artisanale. 

Certains esprits chagrins ne se sont pas privés pour y voir de l’incohérence, et une perte d’indépendance. Pour leur répondre, j’aurais quelques questions à leur poser : est-ce incohérent que d’essayer jusqu’au bout de faire changer les choses, et pour cela agir concrètement aux côtés de ceux qui incarnent les acteurs de la filière ? Est-ce renoncer à son indépendance que de facturer des prestations ?
Pour moi, la réponse est claire : non. La relation entretenue avec mes clients a toujours été claire : elles ne concernent pas l’activité que je peux entretenir ici et n’affecte pas ma liberté de ton. Nos échanges sont parfois passionnés, des désaccords peuvent exister, mais le dialogue reste toujours constructif et nourri par des visions différentes, des expériences et la même envie de bâtir la boulangerie de demain…

Aucune voie n’est parfaite. On prend toujours le risque de se perdre, de s’échouer sur des écueils… mais c’est aussi la nature humaine que de toujours chercher à avancer. Je ne prétends pas avoir trouvé un modèle parfait, mais simplement de continuer à tracer ma route honnêtement, dans le respect de mes valeurs et de mes convictions. L’exigence et le respect que je vous dois en tant que lecteurs reste la même. Pas question qu’il en soit autrement.

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