Si la vie est intéressante, c’est parce qu’elle se déroule en trois dimensions, créant ainsi un jeu de perspectives et de nuances qui donne du sens aux événements passés et à venir. Ceux qui se contentent de regarder le mouvement de façon linéaire se privent de l’essentiel et finissent par adopter un mode de lecture proche des hiéroglyphes : tout est présenté à plat, rendant l’ensemble facilement accessible… mais aussi tellement triste à long terme.

Le moulin et ses silos.

Le moulin et ses silos.

Ainsi, mon emploi du temps pourrait parfois sembler terriblement monotone : un moulin le dimanche, un autre le mardi et le mercredi, un dernier le vendredi… mais si les mots et les papiers tracent des contours, les hommes, les paysages et les histoires donnent des couleurs et du sens. Mon dernier billet était un peu à l’Ouest, changeons un peu de point cardinal pour découvrir ce riche lieu qu’est le moulin Dormoy, à Fougerolles (70). Je passe ainsi d’une ville – certes paisible – à la pleine nature. Contrastes et dénivelés.

La grande tente abritant les stands.

La grande tente abritant les stands.

C’est ici que se tenaient les Portes Ouvertes du second outil de la famille Foricher, du 27 au 30 septembre. Acquis en 2009, la perspective de devoir redonner de la vie à ce lieu en aurait sans doute découragé plus d’un. Il faut dire que les chantiers sont nombreux, à la fois sur le moulin en lui-même qu’au niveau de ses abords. Ces défis sont presque monnaie courante pour Yvon et Loïc Foricher, ce dernier étant en charge de la gestion du site. L’expérience acquise au Moulins des Gaults participera sans doute à la réussite du projet, mais l’essentiel se situe dans l’humain et le service : ce sont ces éléments qui attirent et fidélisent des boulangers passionnés, engagés dans une démarche de qualité.

Le mur à pains généreusement garni de la boutique éphémère.

Le mur à pains généreusement garni de la boutique éphémère.

On a pu voir défiler au cours de ces quatre jours des noms reconnus de la profession : Sébastien Chevallier, Stéphane Georgeon, Bruno Cormerais, Joël et Jérôme Schwalbach… des cols bleu-blanc-rouge qui ont trouvé en ce meunier un partenaire aux mêmes valeurs de partage et d’excellence. Ce n’est pas tout. Il y a ici quelque chose d’assez atypique qui se produit : il n’est pas uniquement question d’affaires, de ventes, de chiffres. Les visiteurs pouvaient découvrir librement les différents partenaires… sans se faire rattraper systématiquement par des logiques économiques. Atypique comme Sébastien Chevallier, Meilleur Ouvrier de France 2011 avec sa veste rose et son statut de professeur de CFA. Atypique comme toute cette aventure qui finit par faire toujours plus parler d’elle.

Le Pain de Traverse, de superbes pièces à la grigne naturelle, réalisées à partir de farine T80 écrasée sur cylindres.

Le Pain de Traverse, de superbes pièces à la grigne naturelle, réalisées à partir de farine T80 écrasée sur cylindres.

Tout cela nous prouve bien que l’humain compte tout autant, voire plus, que les machines dans le métier de meunier. Si certains se sont lancés dans la course à l’équipement avec des moulins toujours plus modernes, le travail réalisé par les équipes est essentiel : du chef meunier au livreur en passant par le contrôle qualité et les tests de panification au fournil d’essai, il n’y a pas de très bonne farine sans une équipe impliquée et engagée dans une dynamique de qualité et de remise en question permanente.

Des pâtes et des mains... le travail du façonnage suit son cours au fournil.

Des pâtes et des mains… le travail du façonnage suit son cours au fournil.

En la matière, les moulins Foricher sont exceptionnellement bien pourvus, et il me semble que c’est un des rares faits obtenant l’unanimité dans la profession. A chaque fois, les produits présentés lors de ces événements en sont une excellente preuve : alliant à la fois créativité (notamment sur les pièces de brioches, marbrées ou parfumées) et maîtrise technique, ils montrent la voie aux clients et prospects venus découvrir l’entreprise… une vraie source d’inspiration. J’aurais bien dit que les autres meuniers devraient suivre le même chemin… mais ils ne m’ont pas attendu. Certains ne se privent pas pour piocher allègrement dans les idées des autres. Que voulez-vous, il paraît que l’on n’a jamais vraiment rien inventé dans ce métier.

La clé de l'adhésion aux produits présentés ? Le goût, et donc la dégustation.

La clé de l’adhésion aux produits présentés ? Le goût, et donc la dégustation.

Si l’on n’invente rien, on peut tracer sa route, et l’illuminer d’une vision. L’aventure Dormoy ne fait que commencer : la capacité d’écrasement, assez faible aujourd’hui – environ 25 tonnes / jour -, correspond bien à la taille de la clientèle, composée de plus de 120 artisans boulangers. Il faudra la faire grandir, sans doute, moderniser les outils. De plus en plus de professionnels alentour sont sensibles à la démarche et font évoluer leur façon de travailler pour mieux correspondre aux attentes de leur clientèle… mais aussi faire face à la concurrence en se différenciant par la qualité.
Pour les accompagner et mieux les servir, les projets ne manquent pas : un centre de formation verra le jour dans les années à venir, élément indispensable pour mener à bien la démarche. Puisqu’il n’y a pas de bon pain sans bon grain, Yvon Foricher évoquait également la possibilité de collecter des céréales produites à proximité, dans une logique d’encouragement de l’agriculture locale et de cohérence, dans un contexte où l’impact écologique des productions doit être toujours réfléchi.

Le fameux Rodéo. Je ne l'ai pas affronté, j'avoue ma faiblesse.

Le fameux Rodéo. Je ne l’ai pas affronté, j’avoue ma faiblesse.

Sous les allures d’une agréable décontraction, tout cela est en définitive bien sérieux. On peut aller faire un tour sous la girafe gonflable, se confronter au terrible rodéo… mais on finit toujours par en revenir à la grande tente et ses différents stands, où le plus important reste encore et toujours le fournil. Ici, Patrick Cognard et toute l’équipe de démonstrateurs prouvent, comme à chaque fois, que les moulins Foricher ne font pas que vendre de la farine. Ils construisent avec le reste de l’équipe, commerciale, administrative, …, un projet global, cohérent, honnête et sincère. Autant de valeurs qui nous montrent la voie vers une filière boulangerie plus vertueuse.

4 réflexions au sujet de « Dormoy, un moulin (et un meunier) qui ne dort pas »

  1. Merci à la famille Foricher pour son travail et son implication dans cette filière blé/farine/pain, je suis client Foricher depuis juillet 2014, j’avais entendu parler d’Yvon et de ses choix et orientations en 1990 … Patience et longueur de temps …
    Merci Rémy pour tes articles très bien écrit et documentés, je me permets d’en recopier un morceau en changeant 5 mots .
    Tout cela nous prouve bien que l’humain compte tout autant, voire plus, que les machines dans le métier de boulanger. Si certains se sont lancés dans la course à l’équipement avec des fournils toujours plus modernes, le travail réalisé par les équipes est essentiel : du chef boulanger au livreur en passant par le contrôle qualité et les tests de fabrication au fournil, , il n’y a pas de très bonne (farine) boulangerie sans une équipe impliquée et engagée dans une dynamique de qualité et de remise en question permanente.
    et j’ajoute « l’une soutenant l’autre et vice versa ».
    Meilleurs voeux de prospérité au bon pain et à ses acteurs !
    Cordialement Alain Guéguen

  2. Bonjour
    J’imagine que vous êtes bien accueilli chaque fois que vous allez chez les Foricher qui sont par ailleurs d’excellents professionnels et passionnés.
    Mais comme d’autres meuniers de taille raisonnable.
    Pourquoi tant de parti pris ? C’est clairement dommageable dans la lisibilité de ce blog qui se veut pro….
    Pour le reste pourquoi ne pas avoir appliqué votre dernière formation en boulangerie pour devenir vous même entrepreneur ? Trop dur ? La critique est elle plus facile que l’art ?

    • Cher Jean,
      Je ne pense pas être mieux accueilli que les autres visiteurs.
      Vous parlez de parti-pris, je souhaitais simplement vous faire part de quelques éléments de lecture et de réflexion :
      – j’ai parlé de plusieurs autres moulins engagés aux côtés des artisans depuis le début de l’année : Chérisy, Brasseuil, Paul Dupuis… et d’autres viendront prochainement. A chaque visite et billet, j’ai à coeur de retranscrire au mieux les actions et positionnements de chacun.
      – ce blog n’a pas vocation à être « pro ». Je vous renvoie à la page « A propos » : painrisien est un blog hybride entre expression personnelle et tentative de « guide gourmand ».
      – je ne vois pas tout à fait le rapport avec ma formation au CAP Boulanger, mais si c’est un sujet… Là encore, j’ai apporté des éléments de réponse sur ce point par deux fois, cf. http://painrisien.com/un-painrisien-en-route-vers-le-cap-boulanger/ & http://painrisien.com/ma-traversee-du-desert-un-cap-boulanger-en-formation-pour-adulte/
      Il y a, à mon sens, une réelle nécessité de maîtriser ce métier avant de pouvoir y entreprendre sereinement. En ayant suivi ce type de formation accélérée, ce n’est pas le cas. Il me faudra acquérir beaucoup de savoir-faire, notamment par la pratique en entreprise, pour pouvoir prétendre être boulanger. Si c’est le cas, vous ne manquerez pas d’en être tenu informé ici !

      Belle journée,
      Rémi

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