Je suis admiratif de l’engagement profond qu’entretiennent certains artisans : non seulement ils ont à coeur de proposer à leurs clients des produits de qualité, mais ils essaient de valoriser leur savoir-faire au travers des concours professionnels, tout en le partageant par des formations dispensées à des apprentis ou autres boulangers. Ces « têtes » de l’artisanat portent haut et fort les couleurs et le goût du bon pain.

C’est notamment le cas du très dynamique Meilleur Ouvrier de France Mickaël Morieux. Ce titre, obtenu en mai 2011, n’est que l’aboutissement d’un engagement de longue date pour l’artisan boulonnais : engagé dans le Compagnonnage dès son plus jeune âge, après avoir fait ses premières armes dans la boulangerie de son village natal, il a parcouru la France avant de trouver son port d’attache dans les Hauts-de-Seine et établir un palmarès impressionnant : médaille d’argent au championnat du monde de Boulangerie en 1999, médaille d’or au championnat de France en 2005, 1er prix du 92 pour le dynamisme et la gestion d’entreprises au concours des Arts et métiers en juin 2007, 1er prix au concours du meilleur artisan boulanger-pâtissier des Hauts-de-Seine, catégorie des employeurs…
De quoi faire tourner les têtes, mais définitivement pas la sienne, car le personnage sait rester accessible – une qualité appréciée par les boulonnais – et réalise des prestations de conseil et de formation en France, mais aussi à l’étranger et notamment au Japon.

Pour autant, il ne faudrait pas laisser de côté la discrète boutique de la rue d’Aguesseau, où Florence et Mickaël Morieux sont installés depuis 2002. C’est loin d’être le cas, et les habitants du secteur ne s’y trompent pas : le week-end, il faut souvent s’armer de patience avant de pouvoir croquer dans la fameuse baguette de Tradition vendue ici. Fameuse, elle a toutes les raisons de l’être. Travaillée sur levain, elle exprime une très légère note d’acidité en fin de bouche, mais c’est bien la douceur qui domine. On la retrouve notamment au travers de sa mie très fraiche, légèrement cotonneuse et bien alvéolée. Rien à redire non plus quant au soin porté au façonnage, les baguettes sont toutes élégantes et nous offrent un rapport mie/croûte bien étudié, offrant aux gourmands le loisir de profiter du craquant de cette tradition. Pour 1,20€ les 250g, voilà une Tradition de caractère, à l’excellente conservation et aux notes de noisette bien agréables. Fait à noter également, la baguette ordinaire n’est pas délaissée et bénéficie d’un certain soin également, M. Morieux tenant à proposer un pain accessible mais non moins savoureux.
Si seulement notre MOF se contentait d’exceller sur la baguette, notre choix serait vite fait, mais c’est bien loin d’être le cas : entre la tourte de seigle auvergnate biologique, les pains de campagne, le Baton aux Céréales, les miches au levain naturel et je fais volontairement l’impasse sur les déclinaisons aux fruits secs… Dans chacun des cas, on retrouve la même signature : un travail sur levain d’une grande douceur et subtilité, des cuissons bien menées et des façonnages minutieux. La farine des Moulins de Chars, choisie par l’artisan, est ici mise à l’honneur.

Les viennoiseries ne sont pas en reste, avec de superbes et généreux croissants, ainsi que des chaussons aux pommes de haute volée. On pourra également se laisser tenter par les brioches bien dodues qui surplombent cet étal de gourmandises. Nous sommes bien là dans le coeur de métier de l’artisan, et on voit assez rapidement que la pâtisserie n’est pas son domaine de prédilection. Quelques grands classiques nous sont proposés, en toute simplicité. Parmi eux, les points forts sont sans conteste les tartes feuilletées aux pommes ou aux abricots, ainsi que le gâteau basque vendu à la part – région d’origine oblige !
La maison n’oublie pas de régaler les travailleurs avec des sandwiches honorables, ainsi qu’un choix de quiches à la part aux recettes bien senties (lorraine bien sûr, mais aussi des propositions dont l’énoncé réchauffe le coeur, à l’image de la « poulet-provençale »). Quelques salades accompagnent le tout.

Un dernier mot sur l’accueil, souriant et chaleureux, même si parfois un peu débordé au vu du succès rencontré par l’adresse. D’ailleurs, ce n’est pas la seule où les boulonnais peuvent se régaler, puisque Mickaël Morieux est également présent avenue Jean-Baptiste-Clément. Une relation de confiance est entretenue avec les habitués, toujours avec cet esprit de partage qui semble être la marque de fabrique de la maison.
Les horaires d’ouverture – jusqu’à 21h une partie de la semaine ! – complètent bien ce tableau qui nous prouve que la banlieue n’est pas dépourvue d’adresses de grande qualité.

Infos pratiques

35 Rue Aguesseau – 92100 Boulogne-Billancourt (métro Boulogne – Jean Jaurès, ligne 10) / tél : 01 41 10 94 36
ouvert tous les jours sauf jeudi, de 7h à 21h – 20h les samedis et dimanches.

Avis résumé

Pain ? C’est là la grande force de la maison, et ce n’est sans doute pas par hasard si Mickaël Morieux a décroché le fameux titre de Meilleur Ouvrier de France. Chez cet ancien compagnon, la baguette de Tradition nous offre un caractère légèrement acidulé, même si on se laisse tenter sans peine par les pains de campagne au levain ou autres tourtes de Seigle. Façonnages appliqués, cuissons abouties et conservations de bon niveau, rien ne manque.
Accueil ? Sympathique et efficace, et il faut l’être car la queue est parfois bien longue devant cette petite boutique. On ressent un bel esprit de partage, cher à cet artisan qui ne cesse d’enchainer formations et autres animations.
Le reste ? On appréciera la qualité des viennoiseries, avec un croissant généreux et développé, ainsi que la simplicité bien vue de la gamme sucrée. Parmi les spécialités, le gâteau basque fait honneur aux origines de M. Morieux. Le traiteur reste dans cette ligne, sans relief particulier, mais réalisant son office.

Faut-il y aller ? Une adresse discrète, une boutique étroite, mais un beau talent pour ce boulanger passionné. Voilà qui justifie pleinement un arrêt ici, voire un petit détour par Boulogne, qui n’est qu’à deux pas de Paris !

Une réflexion au sujet de « Détours en banlieue : Mickaël Morieux, Boulogne-Billancourt (92), un MOF qui ne se laisse pas déboulonner »

  1. Bravo a toi pour ton excellent pain et quand tu veux rejoins le Groupement des Hauts de Seine des Meilleurs Ouvriers de France.Michel Drouyer M.O.F.

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